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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 19:20

charybde-et-scylla.jpg« Il sera très peu question ici de la Palestine et d'Israel .Mais de la vision fantasmée et politiquement orientée qu'ont recrée une partie de l'extrême droite française et bien au delà, d'un imaginaire plus répandu qu'on ne le croit, un bestiaire allégorique où le « jeune lanceur de pierres », comme l'infâme « sioniste » ne sont évoqués que pour masquer la pensée réelle de ceux qui ne parlent jamais aussi clairement des Arabes et des Juifs d'ici que lorsqu'ils font mine d'évoquer le Moyen Orient. »

 

 

 

Ces quelques phrases ont cinq ans. Elles ouvraient le premier texte de ce blog collectif, au moment d'une autre offensive sur Gaza, au moment aussi où le négationniste Robert Faurisson montait sur la scène du Zénith avec Dieudonné.

Cinq ans plus tard, de nouveau , ce qui se passe en Israël et en Palestine donne l'occasion à de nombreuses forces politiques de laisser libre cours à l'antisémitisme et à l'islamophobie sous prétexte de prendre position sur une réalité internationale.

Deux postures majeures existent simultanément dans deux « camps » qui se voudraient ennemis.

Du côté des « antisionistes » d'extrême-droite ou d'extrême-gauche, comme du côté de leur frères ennemis « anti-islamistes », on tente d'imposer l'image de réalités parallèles et tronquées. Il semble d'un coup qu'en France, il n'y ait plus que « sionistes » et « islamistes » aux commandes.

 

Ainsi Manuel Valls, grand chasseur de sans-papiers est un premier Ministre qui pourrait être attaqué comme l'un des meilleurs serviteurs du capitalisme de ces dernières années ( 50 milliards de cadeaux aux patrons , ce n'est pas rien) . Il devient d'abord et avant toute chose, le Sioniste par excellence, en réalité influencé par sa femme dont l'origine est commentée abondamment en termes plus ou moins fleuris.

Ainsi, les leaders de la mouvance antisémite, Soral et Dieudonné sont indéniablement français et catholiques : une certaine gauche n'en finit pourtant pas de gloser sur le « nouvel » antisémitisme » importé des pays arabo-musulmans. La nouveauté, on la cherchera longtemps chez un Dieudonné qui imite Streicher, le propagandiste nazi, de manière de plus en plus visible, ou chez Soral, dont les maîtres à penser s'appellent Maurras ou Barrès.

 

Dans ces réalités parallèles et tronquées, l'histoire récente a totalement disparu des analyses.

 

A propos de l'interdiction de certaines manifestations de soutien à Gaza, les « antisionistes » invoquent la volonté du gouvernement de « protéger les intérêts d'Israël »...et oublient l'offensive raciste de juillet contre les supporters de l'équipe d'Algérie , offensive prise en compte avec bienveillance par Manuel Valls. Celui-ci bien évidemment se sert des épisodes de violence antisémite ayant effectivement suivi certaines des manifestations de solidarité avec la Palestine : les forces de l'ordre avaient parfaitement les moyens d'empêcher ces violences, d'arrêter leurs auteurs directs et même leurs initiateurs qui se donnaient rendez-vous avant sur le net. Le choix politique qui a été fait a consisté à laisser faire pour exploiter politiquement, en interdisant solennellement, et avec un discours ciblant spécifiquement les manifestants issus de l'immigration. D'ailleurs, ce ne sont pas les premières manifestations interdites avec cette arrière-pensée raciste : les sans-papiers comme les mal-logés en ont fait les frais à Paris, depuis le début de la mandature socialiste, alors même qu'aucune violence n'était commise, et ce pendant que la majorité des manifestations d'extrême-droite sont autorisées.

 

De l'autre côté de la prétendue barrière, les « anti-islamistes » ont totalement oublié les épisodes de janvier , et cette mise en lumière du public de Dieudonné : celui-ci est incontestablement et simplement français, mêlant toutes les origines et regroupant aussi bien des jeunes des quartiers populaires que des policiers ou des militaires, tout le monde agitant ...le drapeau français.

Parce qu'aujourd'hui dans la foule des manifestations pour la Palestine, certains crient « Allah est grand », parce que les leaders des Indigènes de la République, tous anciens trotskystes ou syndicalistes étudiants, tous parfaitement intégrés dans la fonction publique ou à l'université française, se donnent un genre avec quelques banderoles de soutien au Hamas, l'anti-islamiste relie cette coloration religieuse aux manifestations d'antisémitisme de ces manifestations. Pourtant celles-ci, qu'elles s'expriment par le port de dessins de Zeon, jeune dessinateur parisien, ou de Latuff, sud-américain se revendiquant communiste, qu'elles se traduisent par une obsession forcenée pour la LDJ et ses soixante membres, ont clairement la coloration d'une certaine gauche radicale qui flirte avec le brun depuis des années.

Ces faits n'empêchent pas que les deux mêmes discours parallèles et paranoïaques continuent : « sioniste » ou « islamiste », l'actualité en France serait donc dominée par les dirigeants ou les affiidés des minorités juives et arabes, qui à elles deux, représentent moins de cinq pour cent de la population du pays.

 

Une fois ces minorités intronisées mensongèrement comme puissantes et influentes, il est facile de nier la réalité, et d'inverser le cours réel des événements, la tendance profonde qui s'exprime dans la société française depuis des années : la montée des persécutions politiques contre ces deux minorités, et le passage de la violence verbale à la violence physique qui se généralise.

Florian Philippot déclarait en juillet « n'avoir pas senti de montée du racisme et de l'antisémitisme en France ces derniers temps ». Plus c'est gros, mieux ça passe et ce d'autant plus lorsque finalement, la plupart des secteurs de la gauche lui donnent raison.

D'un côté une partie de la gauche se tait donc sur l'antisémitisme ou le résume à une « poignée d'énergumènes » : cette gauche là avait refusé de reconnaître le meurtre d'Ilan Halimi comme antisémite. Elle se taira ensuite sur les assassinats commis par Mohamed Merah, sur le meurtre d'enfants Juifs tués parce qu'ils étaient juifs. Lorsqu'en cet été 2014, c'est de ses propres manifestations qu'essaiment des groupes qui vont attaquer aux abords des synagogues, brûler des commerces Juifs ou lancer des raids contre la rue des Rosiers, elle dénonce des « manipulations sionistes de l'opinion », avant de se résigner à reconnaître l'existence de quelques dizaines d'excités....Mais peut-on imaginer que quelques dizaines de personnes qui ne partageraient absolument rien avec l'entièreté d'une manifestation de milliers ou de dizaines de milliers de personnes puissent évoluer en son sein sans grand problème ? Pour connaître la réponse, il suffit de s'imaginer ce qui arriverait si quelques dizaines de militantEs arrivaient dans ces manifestations avec des drapeaux israëliens même en revendiquant la paix ... ils seraient immédiatement agressés comme « sionistes ». Une minorité active ne peut agir et recruter au sein d'une foule organisée que si elle a des points d'appui au sein de cette foule.

Une autre gauche a abandonné toute critique du racisme d'Etat qui perdure dans ce pays, qu'il se traduise par la politique de réduction des maigres droits des immigrés en continu depuis vingt ans au moins, ou par la répression menée sans failles contre les révoltes des quartiers populaires contre les violences policières. Cette gauche là ne se mobilise plus contre la disparition de la carte de dix ans, pour le droit de vote des étrangers, contre la précarité galopante dans les secteurs d'emploi où travaillent encore prioritairement immigrés et issus de l'immigration. Depuis des années au contraire, ses interventions sur ces sujets consistent à se rallier à la droite, voire même à la précéder pour exiger des mesures contre les musulmans, en partant du principe assumé ou non, que le problème en France c'est la religion d'une partie des membres oppressés des minorités issues de l'immigration maghrébine et sub-saharienne, et non l'oppression de ces mêmes minorités. Là où une autre gauche ne reconnaît l'antisémitisme que comme manifestation de « quelques excités », cette gauche là ne veut bien voir le racisme ou l'islamophobie que dans les actions de quelques « groupuscules » d'extrême-droite. Depuis longtemps, cela ne la trouble même plus d'ouvrir et de mener les mêmes débats obsessionnels que le Front National : le voile, le halal, l' « intégration ratée », le prétendu « racisme anti-Blancs », le « communautarisme. »

Ce qui se passe à propos de la Palestine et d'Israël en France n'est donc en partie que la continuation d'une logique politique qui opère au quotidien à gauche depuis des années : une habitude s'est prise, celle d'avoir les mêmes thèmes, le même univers de débat que les fascistes. Pour certains, ce seraient même les fascistes qui « voleraient » ses thématiques à la gauche.

 

En réalité, dans la période actuelle, les fascistes restent bien souvent les bras croisés en attendant de récolter les fruits empoisonnés semés par d'autres : on l'aura notamment vu cet été.

 

Les antisémites d'extrême-droite auraient pu, facilement, lancer leurs propres manifestations « antisionistes ». Ils en ont largement les moyens, ils l'ont fait par le passé au nom de l' "anti-impérialisme" pour défendre les dictatures syriennes ou lybiennes. Les mobilisations massives du type « Jour de Colère » ont montré qu'ils étaient désormais capables de défiler même sur des mots d'ordre sans aucune ambiguité avec des troupes non négligeables. Ils ne l'ont pas fait, sans doute pour deux raisons : d'une part, la prudence devant la répression, qui les aurait sans doute touchés si des épisodes telles que des attaques de synagogues ou des descentes organisées à partir des manifestations avaient eu lieu. Il n'y aurait pas eu en effet , dans ce cas de figure, de « parapluie » de gauche pour expliquer ces épisodes antisémites par des complots médiatiques, ou pour carrément les nier.

L'attitude plus globale de la gauche , anticipée par les fascistes , constitue la deuxième raison : les manifestations de solidarité avec la Palestine ont été un nid douillet pour les antisémites d'extrême-droite. Non pas à cause du thème officiel, non pas parce qu'elles auraient été un repère d'islamistes sanguinaires : mais bien parce qu'elles étaient marquées par toutes les tares de cette gauche antisioniste, et notamment celle de certains organisateurs. Quant par exemple, Europalestine est un des piliers théoriques et pratiques de cette mouvance, alors que cette organisation est aussi un des diffuseurs de la propagande négationniste venue de l'extrême-droite, de Blanrue à Gilad Atzmon depuis des années, il n'est nullement étonnant que le contenu même des appels laisse toute sa place à l'antisémitisme.

 

Pour autant, la partie de la gauche qui prétend lutter contre l'antisémitisme en attisant l'islamophobie n'aura pas fait autre chose que dégager une route pavée vers le pouvoir au FN.

 

En imputant la montée de l'antisémitisme en France à l'émergence d'une génération de jeunes musulmans, mais aussi à un prétendu problème d' « intégration », à un « refus des valeurs de la France et de la République », elle a parlé à la place de Marine Le Pen, partie en vacances et qui est revenue toute reposée, n'ayant que quelques phrases à dire sur le « communautarisme » pour engranger les bénéfices des discours de Manuel Valls mais aussi de toutes celles et ceux qui le soutiennent.

Dans tous ses discours, cette gauche là induit un rapport de causalité bien précis : la solidarité d'une partie de la minorité arabo-musulmane avec les Palestiniens victimes d'une offensive meurtrière et une religiosité affichée et assumée d'une partie de cette minorité expliquent l'antisémitisme. Celui-ci est « nouveau » , d'importation étrangère, et dans cette affaire, l' « ancien » antisémitisme serait à la traîne, qu'il émane de l'extrême-droite française ou de l'extrême-gauche.

De plus en plus, les Dieudonné et Soral sont ainsi décrits comme les « suppôts » des « islamistes ». De même, le rôle du NPA et du Front de Gauche a été très minoré dans l'organisation des manifestations parisiennes, et il leur a été surtout reproché d'être à la traîne des « islamistes » ...les dits « islamistes » n'ayant pas trouvé dans un premier temps d'autre incarnation possible que les Indigènes de la République, cette organisation minuscule s'est retrouvée intronisée élément moteur. Le problème n'aurait pas tant été les discours du Front de gauche ou du NPA, que leur contamination idéologique par les Indigènes, ou leur « collaboration » avec eux. Pourtant aucun mouvement arabo-musulman n'avait a priori poussé le NPA à manifester avec les Bonnets Rouges, sans se soucier , non pas de l' « infiltration » de l'extrême-droite, mais du fait que l'extrême-droite politique et activiste était en partie organisatrice de ces manifestations. De la même manière, ni Youssef Boussoumah ni Houria Bouteldja ne chuchotaient à l'oreille de Mélenchon lorsque celui-ci, se retrouvant dans une manifestation contre « la guerre en Syrie », à l'initiative du PC avec des néo-nazis , a justifié cette cohabitation (voir ici et )'

 

Sur le fond, un glissement s'est donc produit de manière rapide : le problème n'était plus les manifestations d'antisémitisme prenant pour prétexte la solidarité avec les Palestiniens victimes de la guerre menée par l'Etat d'Israël, mais le fait même de dénoncer cette guerre pour ce qu'elle est : non pas un conflit entre deux nations qui se battraient à armes égales, mais une situation où l'asymétrie est totale, où à aucun moment, les groupes armés palestiniens n'ont de toute façon la moindre chance d'accéder aux moyens militaires de l'adversaire et à ses moyens de destruction. Très vite, une partie de la gauche, sous couvert de « défendre la paix » s'est mise à défendre le statu quo et une « neutralité » apparente : les Palestiniens ont le droit à un Etat, les Juifs aussi, pourquoi défendre les premiers contre les seconds , dit cette gauche, oubliant que dans le réel, l'Etat d'Israël existe, et pas l'Etat de Palestine. « Oui, mais de toute façon, si l'Etat de Palestine existait, ce serait un Etat dirigé par le Hamas, ce ne serait pas une victoire pour les palestiniens et encore moins pour les progressistes », dit-elle encore. Avec ce raisonnement, dans la mesure où l'Etat d'Israël a actuellement à sa tête un gouvernement d'extrême-droite, il n'y aurait plus aucune raison de s'opposer au discours qui exige sa destruction.

 

En réalité, ce discours sommaire ne concerne pas tellement la Palestine et Israël . Si c'était le cas, forcément aurait émergé en France, un mouvement qui aurait saisi la dynamique justement enclenchée là bas : celle lancée par les familles de jeunes Israëliens assassinés par des groupes d'extrême-droite palestinienne, et par les familles de jeunes Palestiniens assassinés par l'extrême-droite israëlienne. Ce mouvement a prouvé si besoin était, qu'il n'y avait pas d' « impasse historique », de « conflit éternel » devant lequel la résignation serait de mise. Au cœur de la guerre et de la propagande, soumis à une pression énorme du gouvernement israëlien et des fascistes organisés, des milliers de gens ont choisi de dire ensemble « Non à la guerre ET non à l'occupation ».

Ici rien de tel, mais une focalisation permanente sur les « islamistes ». Ce n'est pas étonnant, car à gauche, depuis plus de dix ans, l' « islamiste » est devenu l'argument-massue pour justifier tous les renoncements face aux politiques racistes. C'est au nom du danger « islamiste » qu'on a chassé des jeunes filles des écoles, au nom du danger « islamiste » qu'on s'est tu devant l'avalanche de lois sécuritaires. C'est au nom du danger « islamiste » qu'on se contente désormais de réagir le plus mollement possible aux attaques racistes de la droite et de l'extrême-droite, et qu'on ne dénonce les excès verbaux de leurs ténors que pour acquieser sur le fond : cela aura été le cas pour la campagne contre les prières de rue lancée par le FN, reprise par la droite et soutenue par la gauche « laïque ». Cela aura été le cas aussi pour la charge de Nadine Morano contre les musulmanes à la plage, justifiée par une partie du PS, notamment.

 

Et si d'aucuns , dans la gauche radicale, veulent bien concéder que le racisme contre les musulmans existe, cependant, il y aura toujours une bonne raison pour ne rien faire contre.

 

Depuis dix ans, la stratégie adoptée consiste à se plaindre des mobilisations existantes, parce qu'elles sont organisées par des « religieux » et des « communautaristes », parce qu'elles n'utilisent pas les « bons mots », et que celui d' « islamophobie » pose problème,.

 

Bref, pour une grande partie de la gauche, les victimes ne sont jamais innocentes : les Juifs sont toujours un peu « sionistes », les arabes sont toujours un peu « islamistes ». Ou manipulables par les « sionistes », ou utilisables par les « islamistes ». Cette relecture inversée des rapports de force entre minorités et majorités se fait évidemment toujours au nom de la défense d'une autre minorité.

 

 

Le résultat est simple : l' « ensemble de la gauche », au final, ça fait très peu de monde sur le terrain pour lutter contre le racisme et l'antisémitisme. Les frères ennemis antisionistes et anti-islamistes deux faces d'une même médaille issue d'un même moule ont produit un seul désastre : des mobilisations d'une grande faiblesse quantitative, et intrinsèquement pathogènes au point d'avoir nourri l'émergence des deux côtés de leaders organisationnels et individuels du fascisme.

De Florian Philippot à Dieudonné dans les sommets de la mouvance, de Fabien Engelman à Etienne Chouard, de Christine Tasin à Michel Collon, il faut bien constater que le nombre de figures marquantes issues des rangs de la gauche gouvernementale ou radicale sont une part importante du phénomène fasciste, pas une « anecdote », pas un « épiphénomène », mais des mouvances qui viennent avec leurs propres apports puisés dans l'héritage de la gauche française.

C'est cette situation qui affaiblit, voir paralyse l'offensive contre le racisme et contre l'antisémitisme : de fait, les collusions idéologiques et pratiques des uns et des autres avec différentes variantes du fascisme affaiblissent voire neutralisent d'emblée les initiatives.

Au mois de janvier 2014, aucune mobilisation d'ampleur contre la mouvance dieudonniste n'aura eu lieu, alors même que les appels à mettre des gens dans les chambres à gaz étaient formulés devant des milliers de personnes : ce fut l'effet conjugué du poids de la complaisance envers l'antisémitisme, qu'il s'agisse de défendre la liberté d'expression des néo-nazis ou de freiner des deux pieds « pour ne pas faire le jeu du sionisme » ET du poids du racisme, incarné par le Ministre de l'Intérieur Manuel Valls dont les sorties racistes rendaient peu audible l'ensemble de la lutte contre l'antisémitisme.

Au printemps 2013, aucune mobilisation d'ampleur n'a eu lieu contre la vague d'agressions contre des femmes voilées : ce fut l'effet conjugué du racisme de gauche, pour qui les femmes voilées sont un symbole de l'intégrisme qui justifie presque toutes les attaques, sauf physiques, et de la complaisance envers l'antisémitisme, qui a généré un discours repoussoir sur le « deux poids deux mesures », sans aucune dynamique mobilisatrice .

 

En conséquence la violence raciste et antisémite se déchaîne : les dégradations contre les lieux de culte juifs et musulmans se sont totalement banalisées ces dernières années, et même le motif commun de la croix gammée qui y est systématiquement apposée ne déclenche pas de réaction unie.

S'est prise par contre l'habitude d'une vigilance morbide, chacun selon son « camp » ou sa « communauté » surveillant jalousement les réactions politiques aux violences antisémites et racistes, pour faire un comparatif visant à montrer que les autres sont mieux lotis et défendus par l'ensemble de la société. Aujourd'hui, les dégradations, les lettres de menace touchent aussi les domiciles personnels, tandis que les agressions de rue se multiplient, au même rythme contre toutes celles et ceux qui appartiennent visiblement à une minorité. L'absence de réaction commune et universaliste amène l'émergence de prétendues « organisations de défense communautaire » qui s'avèrent toujours faire de la ramasse pour les fascistes, en attisant la haine d'une minorité contre une autre....

 

Impuissante à construire une alternative, la gauche théorise alors la nécessité des collusions.


C'est ainsi par exemple que Frederic Haziza, qui n'aurait du être défendu que comme victime de l'antisémitisme devient, de plus en plus, une référence acceptable pour une partie des « anti-soraliens », sous prétexte qu'il a sorti un ouvrage sur le sujet, et qu'il se balade dans les manifs avec un micro tendu aux antisémites. Drôle d'antifasciste que cet animateur qui a voulu inviter Marine Le Pen sur Radio J, et qui est aussi en très bon termes avec Brice Hortefeux. Cette proximité donne d'ailleurs un piquant particulier à ses véhémentes dénonciations du collectif Cheikh Yacine : en effet, il y a dix ans, le Collectif des Imams de France , dont Abdelhakim Sefrioui, actuel dirigeant du collectif Cheikh Yacine était trésorier , avait l'honneur d'être la première instance musulmane à la représentativité auto-proclamée à avoir les honneurs de celui qui était alors Ministre de l'Intérieur. On trouve ainsi sur internet, des photos d'une rencontre des deux hommes à l'occasion d'une visite ministérielle à Mantes la Jolie. Plutôt qu'aller chercher la main de l'Iran et du « nouvel antisémitisme » étranger partout, la gauche antifasciste devrait plutôt s'interroger sur les alliances , même temporaires, entre la droite réactionnaire française et des personnages qui s'en sont sans doute servis comme tremplin pour lancer leurs initiatives.

Une mode pro-réactionnaires s'est donc développée : il y a désormais toute une gauche qui s'est totalement désintéressée de l'antiracisme universaliste : les luttes de sans-papiers, comme celle contre les discriminations dans l'entreprise ou dans l'accès aux droits sociaux suscitent d'ailleurs une assez grande indifférence concrète.

 

Sans doute, l'analyse qui précède peut-elle apparaître comme un « Ni, Ni », qui ne serait rien d'autre qu'un constat d'impuissance et de passivité.  Refuser d'être une gauche qui vivote à l'ombre du fascisme, sans le déranger, c'est pourtant une perspective optimiste.


Nous savons, parce que nous le vivons , quel est le poids de la peur à l'heure actuelle, pour toutes celles et ceux qui sont membres d'une minorité et militants de gauche : la peur d'être agressé, mais aussi, surtout la peur d'être seul, isolé politiquement pour ce qu'on est et pour ce qu'on refuserait d'être. Nous savons le confort précaire que peut procurer le fait de renoncer à l'universalisme , de choisir un espace où certes d'autres minorités sont stigmatisées et humiliées, mais où l'on peut se persuader d'avoir sa place.

Nous savons aussi l'attraction que peut exercer n'importe quelle mobilisation de rue chez ceux qui attendent sans cesse des « mouvements sociaux », à quel point il est parfois plus simple de ne pas regarder pour ne pas avoir vu. Le net déborde de récits de manifestations enthousiastes de participants qui ne voient jamais les banderoles antisémites, qui n'ont absolument pas remarqué telle organisation raciste....et qui mis devant leur réalité, en décrèteront le caractère non-signifiant et minoritaire.

Nous savons aussi qu'il paraît parfois rassurant d'être « défendu » par des gens qu'on déteste, plus rassurant en tout cas que de n'être défendu par personne. Pour notre part, lorsqu'à quelques clampins concernés, nous avons écrit nos premiers textes, nous cherchions simplement un endroit où nous exprimer quand toute dénonciation de l'antisémitisme et de l'islamophobie donnait lieu sur beaucoup de médias de la gauche radicale à des dénégations enflammées et menaçantes. Mais si nous avions intitulé notre premier texte «  l'antisionisme à la française », ce n'est pas pour nous réjouir aujourd'hui de ce qu'il soit fréquemment repris par des gens dont le discours se résume plutôt à « les arabes pro-palos sont le vrai problème à gauche », et qui sciemment , d'ailleurs, ignorent volontairement d'autres textes contre l'islamophobie publiés ici à la même période.

 

Nourrir une forme d'oppression, c'est les nourrir toutes. Ce qui se dresse en face de nous, désormais, c'est un fascisme qui s'assume à parts égales raciste et antisémite, un fascisme moderne, non pas sur le fond, mais sur la forme : son organisation en réseaux, la multitude assumée de ses expressions et de ses leaders ne lui pose aucun souci . Il n'a nullement besoin de « résoudre » des prétendues contradictions entre ses composantes à dominante raciste, prêtes à dénoncer au besoin « le nouvel antisémitisme », et ses composantes à dominante antisémite, prêtes à brosser dans le sens du poil les arabo-musulmans qui veulent bien se laisser berner. Ces contradictions apparentes ne sont qu'un champ d'action multiforme, qui toutes aboutissent à favoriser le vote FN, parti dans lequel on ne parle plus forcément d'une seule voix, mais où l'on sait aussi laisser une place à toutes les facettes de la haine, à toutes celles et ceux qui ont envie de persécuter les uns ou les autres.

De toute façon, les méthodes rhétoriques comme la grille d'analyse globale sont toujours les mêmes : de la même manière que les théories conspirationnistes ne se neutralisent pas elles même en prétendant à la fois qu'Ebola n'existe pas et que c'est un poison fabriqué à dessein pour empoisonner les populations, les dénonciations du complot juif ou du complot islamiste ne s'annulent pas entre elles, ne déclenchent aucune cacophonie préjudiciable au fascisme en général.

Bien au contraire, elles connaissent aujourd'hui une forme de synthèse dans la théorie du Grand Remplacement : les « élites apatrides et mondialisées » visent à remplacer les Blancs par les Arabes et les Noirs.

 

A tout cet irrationnel meurtrier, on ne peut répondre que par la solidarité raisonnée. Et pas par la déconstruction permanente de l'antiracisme et de la lutte contre l'antisémitisme. Si aujourd'hui, ceux qui prônent des idéologies de la séparation , ceux qui prétendent que les droits d'une minorité ne pourraient se construire qu'en opposition à une autre , sont plus nombreux dans la rue et dominants culturellement à gauche, cela ne change pas les faits. En France, les droits sociaux et sociétaux des minorités n'ont jamais évolué positivement qu'à partir de mouvements universalistes.

 

Se référer aux faits qui demeurent , donc,  plutôt que suivre des foules éphémères,.

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commentaires

Sylvain FOULQUIER 15/07/2016 08:13

Plus de 80 morts à Nice, un couple de policiers égorgés à Magnanville, plus de 200 morts depuis janvier 2015...Sans oublier les israéliens assassinés presque chaque semaine par des palestiniens. Voilà ce à quoi contribue le discours de ceux qui refusent de voir la réalité. Voilà le résultat de ce discours sur la prétendue "islamophobie ".

Sylvain FOULQUIER 16/05/2016 16:09

Cet article inepte a été écrit en 2014...Après les attentats de janvier et novembre 2015, l'auteur de l'article en question doit se sentir vaguement ridicule. Par ailleurs, c'est justement l'aveuglement de ceux qui persistent à minimiser la menace de l'islamisme radical et à nier l'existence du communautarisme (en dépit des faits !) qui contribue à la montée du FN. C'est bien connu : les extrêmes nourrissent les extrêmes.

Sylvain FOULQUIER 16/05/2016 15:10

Il faut vraiment vivre sur une autre planète pour nier l'existence du communautarisme et du racisme anti-blanc. D'autant que celui-ci ne vise pas que les blancs, il vise aussi les noirs en couple avec des blancs, de même que le racisme anti-noirs vise aussi les blancs en couple avec des noirs. Ce sont donc les deux faces d'une même médaille et nier l'existence d'une de ces deux formes de racisme revient à prétendre que le racisme en général n'existe pas. L'auteur de cet article rempli de raccourcis est visiblement complètement déconnecté de la réalité ; il n'a rien compris à ce qu'est le racisme et å la réalité du monde contemporain. Réveillez-vous ! On est en 2016, pas dans les années 1930.