Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 20:02

Le « racisme libertaire » est une expression que nous aurions aimé n’avoir à jamais employer.

 

Pourtant, il n’y a pas moyen de faire autrement, en ce qui concerne l’objet de cet article : une émission diffusée sur Radio Libertaire, le 27 avril 2009.

 

Ce jour là, l’animateur de « La Philanthropie de l’Ouvrier Charpentier » invite deux membres du groupe Riposte Laïque à propos de la publication de leur dernier ouvrage «  Les dessous du voile : 1989-2009, vingt ans d’offensive islamiste ».

 

Nous ne nous étendrons pas ici, sur le groupe en lui-même,  dont le discours et l’objectif sont dépourvus d’ambiguïté. Riposte Laïque assume parfaitement la hiérarchie entre le danger représenté par les différentes religions monothéistes, et donc, la dénonciation prioritaire de l’islam, au nom d’une « offensive » de celui-ci contre la République.

 

Actuellement, Riposte Laïque s’est engagée dans un combat contre ce qui est appelé l’ « islamisation » du quartier Barbès, publiant notamment de nombreuses photos de personnes musulmanes parfaitement reconnaissables , et les désignant comme les membres d’une « police Paris-lamiste ».

 

On pourrait donc s’interroger sur le sens d’une invitation à un tel groupe, sur la radio de la Fédération Anarchiste. Mais, pourquoi pas, si il s’agit d’en faire une critique sans concession, au nom d’une autre laïcité, d’un anticléricalisme universel, qui est à la base du mouvement anarchiste.

 

Mais ce 27 avril 2009, il s’agit de toute autre chose : pendant l’émission, Philippe Raulin, l’animateur , par ailleurs secrétaire mandaté par les adhérents de la FA pour Radio Libertaire, reçoit les deux animateurs de Riposte Laïque comme des compagnons de route, avec lesquelles les divergences existent, mais sont secondaires.

 

Et ces divergences, comme nous le verrons ne concernent en rien le discours objectivement raciste qui va être tenu pendant une heure, sous couvert d’anticléricalisme.

 

Chacun peut écouter l’intégralité de l’émission, en recopiant le lien suivant dans son navigateur (1). Et constater que les propos reproduits ici ne sont pas sortis de leur contexte.

 

L’argument le plus « modéré » qui sera évoqué dans cette émission est celui de la particulière nocivité de l’islam, au regard des autres religions.

 

Ainsi, Anne Selensky affirme-t-elle très vite : «  Les trois religions monothéistes sont sexistes, mais il y en a des moins pires ».

 

Cette affirmation, à aucun moment, évidemment ne sera étayée par des arguments objectifs. La seule « preuve » de cette nocivité particulière résiderait dans l’ « offensive islamique » sur la laïcité, dont la tentative d’imposer le voile dans l’espace public constituerait le cœur stratégique.

 

D’entrée donc, est affirmée une critique différenciée des religions, une échelle de valeurs, une prise de parti.

Pour Riposte Laïque et l’animateur, l’ « islamophobie », n’est qu’une critique spécifique de l’islam et une hiérarchisation fondée sur un état actuel des stratégies des différentes religions. Cela n’aurait rien à voir de près ou de loin, avec du racisme, puisque toutes les autres religions pourraient, en fonction de leur évolution être critiquées sur la même base.

 

Mais, les propos tenus pendant toute l’émission démentent cette affirmation, et permettent de tracer clairement la frontière entre la critique spécifique de l’islam et l’islamophobie , forcément raciste.

 

Car tout au long de cette émission, avec une hargne sans failles des deux membres de Riposte Laïque et la complaisance de l’animateur, ce n’est pas seulement  l’islam qui va  être attaqué mais les individus musulmans, et parmi eux les jeunes femmes et les adolescentes.

 

Anne Selensky n’hésite pas ainsi, à développer longuement les réactions de rejet PHYSIQUE que lui inspirent les femmes voilées : «  C’est vraiment quelque chose de physique le voile, on ne peut pas le comparer avec les autres religions », «  J’ai mal au ventre, le cœur qui bat ».

A de nombreuses reprises, elles sont qualifiées, également par l’animateur de « Fantomas », de « Belphegor », de « fantômes ».

 

Certains partisans de l’interdiction du voile font au moins mine de prétendre le faire pour les femmes voilées, pour eux toutes des victimes. Sur Radio Libertaire, on ne prend pas de ces précautions oratoires que même l’UMP utilise.

 

En effet, pendant toute l’émission, chacun va revenir sans arrêt sur la complicité de ces femmes dans l’offensive en cours, et notamment en ce qui concerne les mineures. A plusieurs reprises, elles sont présentées comme des « petites soldates ».

 

« Creil 1989, tu as trois jeunes filles de treize ans qui veulent imposer le voile à l’école. »

 

«  Des personnes de 12/13 ans qui connaissent parfaitement les lois ».

 

«  Tu vas avoir immédiatement la petite soldate de service qui vient avec son voile ».

 

Du simple port du voile, il est déduit bien plus qu’une conviction religieuse. Riposte Laïque martèle sans cesse sa thèse de l’ « offensive structurée et programmée » , et notamment à propos des femmes qui refusent d’être examinées par un homme à l’hôpital, de celles qui portent plainte pour discrimination lorsqu’on leur interdit, en raison du port du voile l’accès à un lieu public ou même privé.

 

Les mots ont un sens : évoquer des prises de position individuelles, comme reflétant une offensive «  structurée et organisée », ce n’est pas autre chose que faire de chaque musulman l’agent conscient d’un « complot islamiste ». Raisonnement qui a une parenté évidente avec celui du « complot juif » et comme nous le verrons cette parenté ne s’arrête pas là.

 

On est bien en tout cas dans un discours raciste qui s’attache à la personne et non à la religion.

 

D’ailleurs, à plusieurs reprises, les deux animateurs tombent le voile, et emploient le terme « arabe », à la place de celui de musulmans, sans qu’une quelconque correction, même de forme soit apportée par l’animateur.

« La façon de faire des garçons arabes, leur machisme ouvert, conforte le sexisme latent des autres, »

«  Les garçons arabes ne supportent pas les jupes » .

 

Ces propos sont présentés comme inattaquable car émanant notamment de Fadela Amara, elle-même d’origine maghrébine,  là encore une rhétorique usée à l’extrême droite raciste et antisémite.

 

Mais au fil de l’émission, on va aller encore bien plus loin dans le fascisme ouvert : il ne s’agit pas seulement de décréter des « inférieurs », religieux et culturels, mais de faire l’apologie des « supérieurs ».

 

Et l’alibi de la critique religieuse tombe au cours de l’émission : il ne s’agit pas seulement de présenter le christianisme comme moins dangereux que l’islam, mais bien d’exalter une civilisation : l’Occident.

 

«  Il y a CHEZ NOUS une espèce de crispation honteuse, Il faudrait abandonner la conscience malheureuse de l’ex-colonisé (sic). « 

«Y’a des cultures plus avancées que d’autres , ça dépend des domaines. Incontestablement la culture occidentale est plus avancée sur la question des libertés individuelles, et du droit des femmes

 »

 

Puis, le cheminement se poursuit :

 

« Tant qu’on est culpabilisé d’être occidental , on va droit dans le mur et on est grignotés, et les  AUTRES se permettent de faire du chantage ».

 

Et enfin

 

« Y’a une espèce de chantage des enfants de colonisés sur les ex colonisateurs ».  « NOTRE culture occidentale est tout à fait admirable , oui il y a une hiérarchie dans les cultures »

 

 

 

 

 

On est bien dans le racisme systémique : un NOUS et un EUX, avec une hiérarchie fondée sur la culture dans son ensemble et pas sur l’un de ses aspects.

 

Et bien au-delà des « Musulmans » , des « Arabes », le EUX ce sont en France les «  ex colonisés », les «  petits enfants des colonisés ». Vaste catégorie, qui divise donc les individus, non pas en vertu d’un choix culturel de leur part, mais sur la base de la filiation familiale. Le camp des coupables englobe bien tous ceux qui sont nés quelque part et leurs parents.

 

L’ensemble de cette émission est donc une accumulation d’amalgames grossiers, de discours racistes dont la banalité ne mériterait aucune analyse spécifique s’ils avaient été tenus sur Radio Courtoisie, mais dont l’absence d’ambiguïté totale rend plus répugnante encore leur diffusion sur la radio de la Fédération Anarchiste.

 

Et malheureusement, les interventions de l’animateur, bien loin d’aller en contre cette hallucinante profession de foi frontiste, y ajouteront un élément qui y manquait pour en faire un modèle du genre : l’antisémitisme.

 

Notre secrétaire national de la FA, en effet a bien une divergence avec Riposte Laïque : certes il reconnaît que le « djihad est dans la rue », il déplore que le voile ne soit pas d’ores et déjà interdit à l’université, il ne bronche à aucun moment même quand on passe de « musulmans » à « arabes ».

 

Mais voilà, Riposte Laïque, au cours de l'émission, ne tape pas sur les Juifs.

Or notre animateur partage la répugnance qu’inspire à Anne Lesensky «  les petites soldates de treize ans ». et sa réaction physique devant la femme voilée.

Mais Philippe Raulin ajoute «   Moi quand je vois un gamin de cinq ans avec une kippa, j’ai la même claque. Il me pose le même souci qu’une bonne sœur »

 

Dans la bouche d’un anarchiste prétendu, de celui qui se revendique d’un courant pour qui les membres du clergé, quels qu’ils soient sont des ennemis politiques, les mettre sur le même plan que des enfants de cinq ans porteurs d’un signe religieux, c’est sans ambiguïté aucune.

 

Et par la suite, Philippe Raulin va montrer à Riposte Laïque qu’il n’est pas en reste sur les clichés racistes propres à chaque culture minoritaire.

 

A plusieurs reprises, il évoquera le judaïsme, comme une religion qui pratique elle aussi une offensive, mais « en se cachant ». Il opposera ainsi le « djihad mené dans la rue »  et le « terrorisme interne » de la religion juive.

 

On notera que les deux membres de Riposte Laïque, qui prétendent fréquemment dénoncer l’islam au nom de la lutte contre l’antisémitisme, viscéral selon eux dans la population « musulmane » notamment des quartiers populaires, ne relèveront pas le cliché pourtant traditionnel du Juif « qui se cache » pour mieux régner.

 

Le sabre arabe et le goupillon juif (2), en quelque sorte, à chacun selon les « capacités » de sa race, le djihad ouvert pour les Arabes, primitifs au sang chaud, et la dissimulation sournoise pour les Juifs.

 

Mais le secrétaire national de la FA croit déceler bien plus inquiétant dans la situation actuelle : il semblerait que les minorités déjà nuisibles en elles même, s’inspirent désormais mutuellement pour leurs complots réciproques.

 

En fin d’émission, Philippe Raulin explique donc qu’aujourd’hui la Shoah est instrumentalisée pour neutraliser toutes les critiques contre le judaïsme et Israël, en les réduisant à de l’antisémitisme.

Evidemment, Raulin, ne précise pas quelles seraient ces critiques, ni dans quel contexte elles seraient qualifiées d’antisémitisme.

 

Malheureusement, dans le  contexte de cette émission, ces critiques en courent effectivement le risque : par exemple quand la Shoah est qualifiée, sans plus, de « massacre ignoble », une banalisation pas anodine après l’énoncé des clichés précédents. D’ailleurs, un des deux intervenants était déjà allé extrêmement loin, dans la banalisation du nazisme, en comparant le voile à l’étoile Jaune.

 

Donc, la thèse de Raulin, est celle-ci : « L’islam essaie de se positionner, par rapport à la Shoah, qui a été un massacre ignoble, on ne peut pas critiquer. On a une tentative d’arriver à peu près à la même démarche de la part de l’islam »

 

Et là ou les Juifs neutraliseraient la critique religieuse et politique en culpabilisant avec le génocide, les Musulmans eux, feraient la même chose, avec…la colonisation.

 

Heureusement pour la France, sur Radio Libertaire, on ne se laisse pas culpabiliser, comme le démontre cette courageuse émission, ses invités et son animateur.

 

Les défenseurs officiels de la France aux Français ne s’y sont pas trompés : C’est avec plaisir que le site FrançoisdeSouche, l’un des leaders de l’Internet d’extrême droite, diffuse donc une partie de l’émission le 28 septembre 2009  (www.fdesouche.com/articles/69585)

Plaisir partagé dans les commentaires ou l’éloge de Riposte Laïque voisine avec le contentement de voir des propos de ce type sur une Radio Anarchiste. Comme le résume bien un certain « Personne », « Radio libertaire sur Fdesouche, c’est dire si la situation est sentie comme dramatique par tous au delà des orientations politiques traditionnelles. ».

 

Depuis cette diffusion, Riposte Laïque a réagi, en disant très clairement qu’elle ne voit aucun problème politique à voir repris ses propos par fdesouche. (http://www.ripostelaique.com/Malika-Sorel-fdesouche-com.html)

Rien d’étonnant.

 

Quant à Radio Libertaire et à la Fédération Anarchiste, nous avons cherché en vain, une réaction individuelle ou collective à cette émission, et aux propos qui y ont été tenus, par les invités comme par l’animateur.

 

Pourtant le problème va bien au-delà de la simple question de la tribune donnée à des thèses racistes et antisémites : même l’argument éculé de la liberté d’expression et du débat démocratique contradictoire ne tient pas une minute, dans la mesure ou à aucun moment, les propos racistes de Riposte Laïques ne seront contredits sur le fonds principal. L’animateur renchérira dans le sens de ses invités, et y ajoutera ses propres délires.

 

Pourtant, le contenu de cette émission engage bien au-delà de son animateur, dans la mesure où celui-ci, exerce de longue date un mandat national qui lui a été conféré par l’ensemble des membres de la FA.

 

Une organisation ou ces mandats sont en très petit nombre, et donc absolument pas anodins. Une organisation dont les membres ne peuvent se réfugier derrière «  la trahison du mandaté », dans la mesure, ou il s’agit de mandats directs et révocables à tout moment, si besoin est, et selon un mécanisme qui peut être demandé par tout adhérent.

 

A ceux qui prétendent que la perméabilité actuelle d’une partie de l’extrême gauche aux thèses d’extrême droite est une pure invention paranoïaque et diffamatoire, cette émission oppose un nouveau démenti, d’autant plus cinglant, qu’encore une fois, elle n’a donné lieu à aucune réaction à l’extrême gauche six mois après sa diffusion.

 

Elle démontre aussi l’absurdité des discours visant à démontrer que le racisme et l’antisémitisme sont deux phénomènes distincts, qui n’évolueraient pas forcément de concert.

De fait, c’est bien de manière concomitante que les discours antisémites sous couvert de lutte « antisioniste » et les discours racistes sous couvert de lutte « anti-islamistes » progressent depuis quelques années à l’extrême gauche, comme dans le reste de la société.

 

Et l’entente cordiale entre l’animateur et les invités de cette émission, dont les priorités de stigmatisation sont pourtant différentes, en est le meilleur exemple.

 

Qu’un tel cas d’école du discours fasciste ait eu une radio qui se revendique comme anarchiste pour l’accueillir, devrait avoir des conséquences immédiates sur les rapports à entretenir avec l’organisation politique responsable de cette radio.

 

(1) 

http://www.ripostelaique.com/Anne-Zelensky-et-Pierre-Cassen.html

nous ne publions pas de liens clickables vers les sites d’extrême droite. Merci de respecter cette mise en page si vous reprenez nos textes.

(2) expression visant à qualifier l’encerclement des esprits évolués en France, dont la paternité revient également à des militants de la FA, qui traduisaient de cette manière imagée, leur conception de la situation actuelle mais aussi de l’Histoire de France. Le tout dans un texte à propos des manifs pour la Palestine, ou les dérives antisémites indéniables étaient cependant indistinctement attribués à l’ensemble des musulmans présents décrits, dans un style banalement lepéniste comme « Un flot continu de femmes voilées et barbus sortant toujours des bouches du métro ». Texte publié par le Monde Libertaire numéro 1539 et visible également sur le site de fdesouche, décidément en passe de devenir un fidèle et efficace relais de la FA

http://www.fdesouche.com/articles/21475 )

 

 

)

Par luftmench
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Dimanche 4 octobre 2009 7 04 /10 /2009 00:17

Grippe A : le vaccin contre la rumeur n’est pas encore prêt.

 

Au départ, il y a une pandémie réelle parmi d’autres.

 

Comme tout en ce bas monde, cette épidémie, son origine et son développement sont en partie liés au capitalisme.

 

Les conditions de production de l’alimentaire, et la course au profit au mépris des précautions sanitaires les plus élémentaires, multiplient les risques de développement et de mutation des virus.

 

Le non- accès aux soins de la majeure partie des habitants de cette planète rend chacun d’eux potentiellement dévastateur.

 

De la même manière que les capitalistes profitent d’un cyclone pour faire des profits dans l’immobilier, les capitalistes profitent évidemment des problèmes de santé pour vendre vaccins et médicaments.

 

Et parce que la santé n’est évidemment pas leur objectif principal, les conditions de fabrication de ces médicaments ou de ces vaccins ne sont jamais optimales : des effets secondaires qui auraient pu être évités ne le sont pas, et le processus de test et de vérification est évidemment raccourci au maximum, pour coûter le moins cher possible.

 

Ce fonctionnement n’a aucune raison d’être différent pour la grippe A. Pourtant, personne ou presque ne le remet en cause.

 

Par contre, certaines théories, qui se présentent comme une « révélation » ont un grand succès en ce moment : elles prétendent que le virus et/ou le vaccin auraient été fabriqués sciemment par les laboratoires et/ou le gouvernement américain pour tuer en masse.

 

Ce ne serait donc pas le capitalisme qui serait en cause, mais des groupes de personnes à l’intérieur du « système » qui agiraient en secret.

 

Qui propage ces théories ?

 

Nous nous sommes intéressés au cas de Sylvie Simon, et plus particulièrement à l'un de ses textes, qui a l'"avantage" de reprendre en quelques pages l'ensemble des thèses accusant  au choix, le virus ou le vaccin , d'être sciemment propagés par des forces obscures ( le texte intégral est disponible ici http://www.altermonde-sans-frontières.com/spip.php?article11326 )

 

Les textes de cette femme ont circulé un peu partout sur Internet, comme une référence sur les dangers de la vaccination : sur des forums très lus, comme ceux de doctissimo (http://forum.doctissimo.fr/sante/entraide-associations-ville/sujet-relatif-3167.htm ), mais aussi sur  ceux deRue 89 (www.rue89.com/.../tous-vaccines-contre-la-grippe-a-est-ce-bien-raisonnable?...),   ou des forums de discussion entre ados , ou encore celui de l’émission de France 2 , Télématin (http://forums.france2.fr/france2/telematin/vaccin-menti-sujet_19618_1.htm).

 

Par ailleurs, les ouvrages de cette personne sont disponibles sur le catalogue de la FNAC et sur celui d’Amazon.

 

Mais ce n’est pas tout : Sylvie Simon et son texte de référence contre le vaccin sur la grippe A, un texte qui affirme qu’ « Il ne faut pas craindre la grippe » est repris sur des sites qui se présentent comme altermondialistes (http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article11326).

 

Le texte circule aussi sur de nombreuses listes du mouvement social, et sur certaines avec cette présentation signée « un militant de SUD » ( textes ayant circulé notamment sur une des listes d'AC! ( Agir ensemble contre le chômage ))

 

« Un article de Sylvie SIMON qui est écrivain et journaliste. Elle a
écrit de nombreux ouvrages sur les phénomènes dits " paranormaux " et
l'ésotérisme. Depuis quelques années, elle combat les idées reçues en
explorant divers domaines de la science, et consacre la plus grande
partie de son activité à militer contre la désinformation en matière de
santé et d'écologie, sujets de brûlante actualité. Elle a déjà publié
plusieurs essais sur des scandales (sang contaminé, vaches folles,
amiante, hormones de croissance, vaccins,
etc.).,http://www.amazon.fr/s/ref=nb_ss?__mk_fr_FR=%C5M%C5Z%D5%D1&url=search-alias%3Dstripbooks&field-keywords=sylvie+simon&x=0&y=0,,C'est,
à ce jour, l'article le plus complet et clair que l'on peut trouver sur
le sujet. Il est sans doute perfectible mais je n'ai pas les
connaissances suffisantes pour en juger. Il est toujours possible de
poursuivre l'analyse des faits cités en prenant un peu de temps.Bien
d'accord avec ceux qui alertent sur l'aspect "méfiance-secte" mais il
n'y a apparemment pas dans l'article une dérive sectaire ou totalitaire.
a+ un militant de SUD 
».

 

 

A la lecture des commentaires ou de cette présentation , Sylvie Simon apparaît donc comme une critique du discours officiel sur le vaccin, une débusqueuse de scandales, reconnue comme une référence par une partie de l’extrême gauche, qui émet cependant quelques réserves sur ses autres domaines d’intérêt, les « phénomènes dits paranormaux ».

 

"Après tout, on peut très bien avoir raison dans un domaine et tort dans un autre, non "

 

"Ce n’est pas parce que Sylvie Simon  s’intéresse à la « réincarnation » qu’elle n’a pas pour autant des connaissances valables sur les dangers des vaccins ?"

 

Seulement, quand une partie du discours tenu par Sylvie Simon consiste à pointer le fait réel , que les laboratoires pharmaceutiques ont tout intérêt à exagérer les dangers du virus parce qu’ils vendent des vaccins, ne doit-on pas appliquer ce même raisonnement à Sylvie Simon, qui promeut diverses « méthodes » alternatives à la médecine et à la science ?

 

Sylvie Simon vend des ouvrages qui détaillent les mérites de ce qu’elle appelle les médecines alternatives, mais aussi ceux de la voyance ou du tirage des cartes, dans la résolution de nos problèmes quotidiens et pour notre bien être. Dans un entretien donné à la Revue de l'Au Delà , elle résume aussi ses diverses rencontres avec des fantômes et autres spectres ( link )

Sylvie Simon est donc en concurrence avec la démarche scientifique, pour vendre ses bouquins, elle a besoin que les gens s’en détournent et se détournent aussi de la médecine traditionnelle. 


Sylvie Simon, donc n’est nullement une « journaliste » qui enquêterait, en toute « objectivité «  sur les dangers de la science.

 

Sylvie Simon, comme les laboratoires pharmaceutiques est juge et partie dans ce domaine, une concurrente pas si anecdotique, car le secteur des médecines parallèles et du paranormal est en pleine extension.

Sylvie Simon a donc un intérêt objectif et matériel à ce que les théories contre la vaccination se propagent. Premier élément à garder à l’esprit, ce qui n’a manifestement pas été le cas des militants d’extrême gauche qui diffusent ses textes.

 

Mais, nous dira-t-on , tout cela c’est bien gentil, mais le texte lui-même ? Ce qu’il dit est-il vrai ou non ?

 

Dans le domaine scientifique, un texte qui affirme une thèse doit suivre quelques règles qui peuvent permettre à tout un chacun de vérifier les éléments de fait apportés.

 

Or ce texte ne le permet pas, pour plusieurs raisons.

 

Aucune des références citées n’est accompagnée, au minimum d’une note, qui permettrait de retrouver facilement l’intégralité des textes. Retrouver toutes ces sources, les confronter, vérifier notamment que les citations de quelques lignes ne sont pas sorties de leur contexte, constitue un travail de titan.

De même les chiffres cités sont absolument invérifiables, notamment ceux qui affirment que la grippe se traiterait mieux avec l’homéopathie qu’avec les traitements médicaux.

 

De plus, ce texte développe deux sortes d’affirmations

 

-les unes sont vraies : elles concernent les effets secondaires de certaines campagnes de vaccinations ou de certains médicaments, les dangers avérés de composants du vaccin : certains « adjuvants ».

 

Mais celles-ci ne sont jamais accompagnées d’autres éléments de fait qui viendraient contredire la thèse de l’auteur. Ainsi, une longue partie du texte est consacrée aux « adjuvants », et aux dangers qu'ils comporteraient. L'article évoque certains cas réels, oubliant par exemple, qu'ils ont une occurence de un sur un million, en moyenne.

 

Le texte dénonce aussi les effets du squalène, mis en cause par une partie des recherches sur le syndrome de la guerre du Golfe chez de nombreux vétérans dont certains scientifiques pensent qu'il pourrait être du au vaccin contre l'anthrax, sans qu'il y ait pour l'instant aucune certitude à ce sujet

 

Mais le texte oublie de mentionner  un autre élément: parmi les vaccins utilisés depuis de longues années contre la grippe saisonnière, certains contenaient  des doses de squalène équivalent à celui des vaccins contre la grippe A (*). Le nombre "élevé " de victimes annoncé par notre prophétesse devarit donc être déjà énorme.

 

Dans tous les cas, les informations données sur la nocivité potentielle du squalène devraient donc être couplées avec celles qui les contredisent lorsque la prétention est d'informer sur des bases scientifiques.

 

Le texte oublie par ailleurs de préciser que les laboratoires pharmaceutiques produisent d'ores et déjà des vaccins sans ces adjuvants, pour répondre à la demande.

 

 

De même si le texte fait état des morts et des maladies provoquées par les premiers vaccins contre le typhus, la variole ou la tuberculose, il oublie un petit « détail » : ces vaccins, dans les pays ou ils ont été dispensés à l’ensemble de la population ont permis d’éradiquer des épidémies qui tuaient des millions de gens et en handicapaient d’autres à vie

 

  -Les rares éléments de fait sont censés être la preuve des thèses plus globales de l’auteur, et notamment celle de la fabrication des virus grippaux et/ou de vaccins tueurs ( 1) et de leur diffusion volontaire par les laboratoires pharmaceutiques ou militaires.

 

Or aucun élément probant n’est apporté à cette thèse, hormis celui qu’il existe effectivement tout un secteur de la recherche militaire consacré aux armes bactériologiques. Ce que tout le monde sait, mais dont on ne peut déduire sans éléments vérifiables que les virus soient propagés volontairement à l’échelle de la planète.

 

 

Ce texte n’est donc pas un outil fiable et utile, pas plus qu’un communiqué de presse d’un labo pharmaceutique : c’est un texte de propagande, au service d’une thèse préétablie, qui omet volontairement les éléments à décharge de cette thèse, et ne permet aucune discussion rationnelle.

 

D’ailleurs, l’essentiel de la thèse est la suivante : il y a un complot. Et comme c’est tout ce que l’on veut prouver, le reste est accessoire, et Sylvie Simon dit tout et son contraire.

 

Ainsi plusieurs paragraphes sont-ils consacrées à la fabrication par les laboratoires militaires de virus « incontrôlables », susceptibles de muter en permanence, et de comporter des souches ultra résistantes. A l’appui de cette thèse, elle évoque notamment le fait que le virus H1N1 présente une composante anormale qui lui permet d’être virulent même à des températures élevées, ce qui explique sa diffusion même en période estivale

 

Mais plusieurs autres paragraphes développent, eux la thèse selon laquelle les virus actuels de la grippe  A seraient particulièrement bénins, parce que ces paragraphes sont ceux destinés à "démontrer"  que le vaccin est inutile !

 

Virus tueur ou petit rhume bénin, il faudrait savoir ….

 

De la même manière Sylvie Simon nous explique assez longuement la « manipulation » qui consisterait à ne plus faire de tests suffisamment fiables pour comptabiliser le nombre de cas réels et de décès attribuables à la grippe H1N1. Elle reproche donc aux scientifiques officiels de se fonder sur des estimations aléatoires pour préconiser une vaccination de masse.

 

Mais cela ne dérange pas Sylvie Simon de se fonder sur ces mêmes chiffres de décès « officiels » pour en déduire que cette grippe est moins virulente et moins dangereuse que la grippe saisonnière, et se fonder sur ces chiffres pour décréter que la vaccination est inutile.

 

En résumé , le seul objectif de ce texte est de marteler la thèse selon laquelle il y aurait un « complot » volontaire destiné à éradiquer une grande partie de l’humanité pour le plus grand profit de quelques uns.

 

Texte très avantageux pour son auteur.En effet, lorsqu’on dit tout et son contraire, il n’est pas difficile d’avoir raison a posterori.

 

si le virus lui-même se révèle meurtrier Sylvie Simon pourra dire que les « comploteurs » ont atteint leurs objectifs

S’il se révèle bénin, Sylvie Simon pourra dire que les « comploteurs » ont atteint leurs objectifs de propagande médiatique.

 

La démarche scientifique a cette faiblesse par rapport aux discours irrationnels : le discours scientifique ne prétend pas détenir la « vérité », il est en perpétuelle évolution, il s’interroge, il expérimente, il se confronte. Parce qu’il entend agir concrètement sur le monde, il se plante, et ces erreurs sont souvent meurtrières

 

Le discours irrationnel est un discours fermé, il expose une thèse et ne retient que les éléments qui donnent raison à cette thèse : les morts du vaccin de la variole mais pas les morts de la variole par exemple.

 

La démarche scientifique honnête est celle qui donne accès au savoir nécessaire pour vérifier ce qui est affirmé : elle ne prétend pas que le « simple citoyen » puisse d’emblée se positionner sur un sujet qui nécessite des connaissances poussées en biologie ou en médecine.

 

La démarche des gourous à la Sylvie Simon est bien plus séduisante : Sylvie Simon ne nous dit pas «  apprenez la biologie pour pouvoir vérifier ce que disent les scientifiques qui dépendent du capitalisme », mais «  votre méfiance légitime doit vous conduire à croire ce que disent ceux qui la partagent « .

 

Elle est rassurante, car elle offre une vérité toute faite, quand la seule vérité qui nous soit accessible, si nous n’avons aucun savoir scientifique, c’est celle de notre ignorance et de notre incapacité à trancher sur ce vaccin.

 

Incapacité qui devrait nous conduire à nous mobiliser immédiatement par rapport à ce que nous savons : l’état actuel du système de soins et l’inégalité face à l’accès à la santé sont de toute façon mortels à grande échelle.

 

Nous ne pouvons pas savoir si la grippe A est plus dangereuse que la grippe B, mais nous savons tout que des heures d’attente aux urgence avec la fièvre peuvent nous tuer.

 

Nous savons aussi que le capitalisme se révèle dans son ensemble incapable de maitriser les désastres écologiques, et sanitaires, qu’ils soient d’origine naturelle ou pas. C’est son fonctionnement normal.

 

Alors à qui profitent les théories des gens comme Sylvie Simon, qui prétendent finalement que le problème vient de quelques fractions particulières au sein des élites, et qu’il pourrait être résolu par une modification individuelle de nos comportements, par exemple en allant acheter des gélules homéopathiques au lieu d’acheter des médicaments classiques ?

 

Et bien tout simplement à l’extrême droite qui ne souhaite nullement remettre en cause le système capitaliste, mais profiter de notre crédulité et de nos angoisses pour se développer.

 

Sylvie Simon, en effet n’est pas seulement une vendeuse de prédictions et de poudre de perlimpinpin.

 

La conférence la plus récente de cette dame circule actuellement sur le net. Elle était organisée à Marseille, en collaboration avec  LLP (2).

 

Qu’est ce qu’LLP ? LLP c’est Le Libre Penseur, pseudonyme d’un militant de la direction du Mouvement des Damnés de l’Impérialisme, le groupe raciste et antisémite dirigé par Kemi Seba.

 

Le Libre Penseur a été nommé responsable de la branche Occultisme et Esotérisme du MDI , créée en 2008 (.3) La prochaine conférence du Libre Penseur aura pour thème «  le Nouveau Désordre Mondial » et parmi les intervenants principaux, il y a Ginette Skandrani, une habituée des cercles négationnistes , ou l’on trouve tous les néo nazis qui nient la réalité de l’extermination des Juifs par le régime hitlérien.

 

La vidéo de Sylvie Simon tourne sur tous les sites d’extrême droite et notamment sur celui d’Egalité et Réconciliation, dirigé par Alain Soral (4) , ex membre du Front National, et qui a mené la liste « antisioniste » aux Européennes aux côtés de membres du Front National Jeunesse et de Dieudonné.

 

Sylvie Simon n'est que l'un des nombreux exemples des collusions entre l'extrême droite et le business très juteux du paranormal. Rien d'étonnant, car les deux prolifèrent sur le même terreau: l'utilisation des peurs légitimes devant le désastre capitaliste.

 

Alors comment s'y retrouver lorsqu'on cherche des informations fiables sur la grippe A et le vaccin ?

 

D'abord, en étant réaliste: on ne trouve pas LA réponse en un seul click. Ceux qui proposent des conclusions rapides dès les premières lignes de leur texte n'écrivent pas pour informer mais à des fins de propagande, qu'il s'agisse des médias dominants ou des prophètes de l'internet.

 

Ensuite, en allant chercher des informations sur l'auteur d'un texte, en recherchant sa source originale, ce qui n'est pas difficile avec les moteurs de recherche. Et en privilégiant les informations de ceux qui n'ont rien à vendre, qu'ils s'agisse des producteurs de vaccin ou de diverses médecines douces.

 

Enfin, en se débarrassant de l'idée que le savoir, c'est simple comme un click. A question complexe, réponse complexe. La civilisation de l'"opinion" et des "sondages" nous habitue à l'idée qu'il faudrait avoir un avis immédiat et tranché sur tous les sujets médiatiques du moment. Pour ou contre ceci, pour ou contre cela, et trois jours après encore autre chose.

 

D'ou le succès des théories du complot avec leurs conclusions toutes faites qui nous donnent l'impression de pouvoir immédiatement avoir une vérité "subversive" face aux pseudo évidences de la propagande officielle.

 

A nous de savoir dire " je ne sais pas", ce qui est le premier pas vers l'accès au savoir.

 

(*)

 

Vaccin FLUAD de Novartis contre la grippe saisonniaire:

MS59C : squalène (9,75 mg), polysorbate 80 (1,175 mg), trioléate de sorbitane (1,175 mg), citrate de sodium (0,66 mg), acide citrique (0,04 mg).

http://www.novartisvaccines.ch/pag [...] =6&Item=50

 

Vaccin contre la grippe A de GSK :

AS03 : squalène (10,69 mg), DL-α-tocophérol (Vitamine E) (11,86 mg), polysorbate 80 (4,86 milligrammes)

http://www.who.int/vaccine_researc [...] lsions.pdf

 

(1) extraits du texte:" Est-ce qu'ils se préparent à une pandémie de grippe ou est-ce qu'ils préparent une pandémie de grippe"

 

"Le Dr Laibow craignait alors que la propagation volontaire d’agents pathogènes de grippe aviaire parmi la population puisse entraîner des mesures comme la loi martiale et la vaccination forcée ayant pour résultat des morts par millions et pense que ce risque pourrait être imminent. Le problème reste posé pour la grippe porcine."

"Selon elle, d’après les renseignements basés sur les déclarations de l’Institut National de la Santé et le fabricant du vaccin, la pandémie de grippe aviaire a déjà été créée par le génie génétique aux États-Unis, en fusionnant le génome mortel de la pandémie de 1918, mal nommée « grippe espagnole », avec l’ADN du virus inoffensif H5N1 dans une culture de croissance à base de cellules du rein de l’homme"

 


 

(2)http://www.dailymotion.com/relevance/search/sylvie-simon-et-llp-conference-sur_webcam

 

(3)http://www.mdi2008.com/le-libre-penseur-desormais-sur-le-site--du-mdi/

 

(4)http://www.egaliteetreconciliation.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=4350=4350&itemid=117

 

Par luftmench
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Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /2009 21:47
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« Antisionistes », encore un effort ?

 

A l’extrême gauche, dans les mouvements auto-proclamés « anti néo-colonialistes », l’heure est à la condamnation publique et verbeuse de Dieudonné. 

 

Communiqué des Indigènes de la République , de l’UJFP, d’EuroPalestine, brusquement empressés, à l’occasion de l’initiative électorale de Dieudonné, de proclamer haut et fort, leur rejet de son alliance avec l’extrême droite.

 

Tous ces communiqués reposent sur deux énoncés :

 

Dieudonné ne serait pas un « véritable antisioniste », il ne ferait qu’utiliser une noble cause pour masquer son antisémitisme et celui de ses amis.

Jusqu’ici, les auteurs de ces communiqués avaient choisi de garder le silence sur les précédentes initiatives dudit Dieudonné, car elles ne méritaient pas qu’on en parle, et le faire aurait « fait le jeu » à la fois du « sionisme » et le sien.

 

Le problème de ces deux argumentations, qui reposent sur l’idée qu’il y aurait en France deux « antisionismes » revendiqués, l’un qui serait une usurpation néo fasciste, et l’autre un combat pour la justice et la liberté ne tient pas à l’épreuve des faits et de l’histoire des idéologies de ces dernières années.

 

Les faits : on ne peut reprocher à Dieudonné son inconstance dans ses propos.

 

Dès 2002, celui-ci se dit convaincu de l’existence d’un « lobby juif », et dès ces années, là, il explique bien le sionisme, comme étant non seulement l’idéologie et la pratique de l’Etat Israelien en Israel, mais comme un réseau d’influence mondial qui tient les médias, et les politiques de bien d’autres pays. Dès ces années, il met en œuvre la thèse qui sous tendra tout son engagement, celle selon laquelle le racisme néo colonial serait en premier l’œuvre des maîtres du monde « sionistes », qui auraient organisé la traite négrière, et aujourd’hui organiseraient, grâce à la « pornographie mémorielle » sur la Shoah, la légitimation des discriminations sociales et ethniques qui touchent les descendants des anciens colonisés.

 

Cette expression extrêmement claire de ses idées n’empêchera pas qu’il bénéficiera à l’occasion de ses premiers déboires avec le monde médiatique et la télé, dont il était jusque là un membre à part entière, du soutien de la plupart des « antisionistes » d’extrême gauche.

 

En 2004, Dieudonné est un membre phare, avec Alain Soral de la liste EuroPalestine, dont les héritiers officiels déclarent encore aujourd’hui qu’à l’époque son propos était légitime.

 

Le gros problème, c’est qu’aucun de ces communiqués n’explique en quoi le propos de Dieudonné a changé depuis cette époque, et encore moins, depuis la constitution de sa liste aux élections européennes, qui motive cette « sortie du silence » de ses anciens camarades.

 

Anciens camarades qui ont gardé pour beaucoup ce silence, lorsque Dieudonné a fait acclamer sur scène , il y a quelques mois, le négationniste Robert Faurisson aux cris de «Vive la Palestine », en pleine offensive sur Gaza.

 

Objectivement, pour qui se proclame « antisioniste » parce que solidaire des Palestinien(n)nes, s’il y avait un moment, où la nécessité d’exprimer publiquement sa différence avec les antisémites s’imposait, c’était bien celui-là, celui d’une mobilisation de masse contre la guerre, dont il était nécessaire qu’elle ne soit pas amalgamée et salie par des ordures antisémites. Pourtant, on cherchera en vain une avalanche de communiqués similaires à celle qui a lieu aujourd’hui.

 

Par conséquent, celle-ci ne peut s’expliquer par la « découverte » d’une alliance de Dieudonné avec l’extrême droite, alliance qui date de quelques années déjà, et que Dieudonné n’a jamais cherché à cacher, lui donnant au contraire et constamment toute la publicité possible.

 

Dieudonné n’a donc pas changé : son « antisionisme » d’aujourd’hui est celui d’hier.

 

En quoi se distingue-t-il donc objectivement de celui de ses anciens compagnons ?

 

Pour l’observateur extérieur, en effet, les arguments des uns et des autres pour se prévaloir d’un « antisionisme véritable » sont un jeu de miroirs sans fin.

 

Les uns et les autres s’accusent mutuellement de faire le jeu du « sionisme » réel.

 

Les uns et les autres dénoncent les manipulations des « médias sionistes » : les Indigènes de la République comme Europalestine ont appelé à une manifestation sur ce thème pendant l’offensive israelienne sur Gaza ! Depuis chacun se présente comme la victime de ces médias et présente ses frères ennemis « antisionistes » comme des favorisés.

 

De même, dès lors qu’un homme politique de l’UMP s’en prend à l’un  ou l’autre camp « antisioniste », les réactions sont les mêmes mais inversées.

 

Ainsi, lorsque Brice Hortefeux s’en prend aux Indigènes de la République l’an dernier, ceux-ci y voient la marque de l’acharnement dont ils sont victimes et la preuve que leur discours antisioniste fait d’eux les véritables ennemis de la classe dominante. A l’époque, Alain Soral, co-listier de Dieudonné, et ex co-listier d’Europalestine, y voit au contraire la preuve que les Indigènes sont les « idiots utiles » de l’ « Um-ps » et des sionistes, dont ils font le jeu, et qu’il ne s’agit rien d’autre que d’une publicité déguisée.

 

Mais lorsqu’Henri Guaino s’en prend lui, avec la même verbosité et la même absence d’actes, à la liste antisioniste, les arguments sont les mêmes, mais ils changent mutuellement de bouche. Cette fois, les « antisionistes » de gauche dénoncent la publicité faite à Dieudonné, tandis que celui-ci se prétend le véritable ennemi du système.

 

Bref, s’il y a finalement un point commun qui émerge, dans les analyses des deux camps « antisionistes », c’est que l’ « antisionisme » est manifestement tout à fait utilisable par la classe dominante….

 

Autre point commun, et pas des moindres, un discours commun sur l’Europe et sur ce qu’elle pourrait être. Avant le « schisme » provoqué par le dépôt de la liste de Dieudonné, les « antisionistes » , quels qu’ils soient ont soutenu, chacun de leurs côté de multiples pétitions demandant à l’Europe institutionnelle de rompre ses relations avec Israel, de faire pression par tous les moyens possibles sur cet Etat , de reconnaître le Hamas comme interlocuteur politique….

 

C’est là un bien étrange paradoxe commun à tous les courants « antisionistes » en France , excepté bien entendu les anarchistes et les a-nationalistes qui n’éprouvent aucun besoin particulier de se déclarer spécifiquement antisionistes, et de faire une hiérarchie entre les nationalismes. Tous les autres « antisionistes », qui se déclarent aussi anti colonialistes, semblent pourtant persuadés que l’Europe a un rôle à jouer et doit jouer ce rôle dans le destin du monde et notamment dans les ex-colonies. L’institution politico-militaire européenne ne serait donc pas un ennemi en soi, elle pourrait au contraire être un vecteur de paix et de liberté, pour peu que le « peuple » y envoie les « bons » représentants, qui pratiqueraient un « bon » interventionnisme.

 

D’ailleurs, si Dieudonné est le seul à être finalement allé jusqu’au bout de ses ambitions électorales, les autres « antisionistes » avaient manifestement le même objectif, celui de créer un parti dont l’ « antisionisme » serait le credo principal sinon unique, avec donc le même présupposé idéologique, le sionisme serait l’ennemi principal à combattre en France aujourd’hui. Pendant la mobilisation contre les bombardements israeliens, si Dieudonné s’agite et cogite déjà avec le centre Zahra , les Indigènes de la République envoient un appel pressant à créer « le Parti antisioniste » .

 

Cet appel ne comporte aucune exclusive, aucune mention n’y est faite de ceux, qui éventuellement n’y seraient pas les bienvenus, pour cause d’antisémitisme…Mais il ne sera visiblement pas entendu, et c’est donc finalement Dieudonné et ses camarades qui seront en mesure de présenter une liste « antisioniste », pas les « antisionistes d’extrême gauche ».

 

La rivalité entre les « antisionistes »  ne relève donc guère de questions de fond, mais bien plus d’une concurrence dans la course aux élections.

 

Les deux courants ont la même analyse : la France subirait l’influence extérieure des « sionistes » qui contrôleraient les médias, le monde politique, et la majorité des institutions pour leurs intérêts propres.

 

Le nationalisme juif serait le seul à être vraiment illégitime, le seul en tout cas aujourd’hui qui étende son influence de manière mondiale : ainsi les deux courants estiment que ce sont les « sionistes » qui tirent les ficelles du gouvernement américain. Les deux courants défendent par ailleurs, becs et ongles d’autres nationalismes, et pas seulement celui de minorités opprimées et sans Etats. Dieudonné comme les Indigènes se retrouvent ainsi dans la défense du régime iranien, auquel on ne concède quelques défauts mineurs que pour mieux exalter son rôle d’opposant au sionisme….

 

Il suffit aussi de faire l’inventaire des thèmes et des cibles des deux courants , ces dernières années pour voir que ce sont les mêmes : notamment l’importance démesurée accordée aux mêmes personnalités publiques, de Bernard Henry Levy à Finkielkraut, de Philippe Val à Bernard Kouchner, s’est construit le mythe d’une puissance intellectuelle « sioniste » , d’une influence redoutable et supérieure à celle de la myriade d’intellectuels médiatiques et de politiciens , dont il n’est jamais démontré en quoi ceux-ci spécifiquement seraient plus puissants ou plus écoutés que les autres.

 

Sans compter, naturellement, l’obsession incessante du comparatif des exactions de l’armée israelienne avec le génocide nazi, comparaison qui n’est jamais faite, par les deux courants à propos d’aucune autre guerre, d’aucun autre massacre contemporain, quand bien même il s’accompagne exactement des mêmes massacres de civils, du même acharnement contre une population définie par des critères ethniques, culturels ou religieux.

 

Il est donc bien difficile de distinguer deux « antisionismes »  distincts chez ces courants nationalistes, qui ont été alliés, il y a à peine quelques années. Et force est de constater, que si guerre il y a aujourd’hui entre eux, ce n’est pas le camp des « antisionistes »  de l’extrême gauche qui l’a déclaré. Si Alain Soral s’en prend aux Indigènes de la République dès leur création, ces mêmes Indigènes reconnaissent, eux, avoir volontairement gardé le silence sur les actes et les propos de Dieudonné , de manière volontaire pendant toutes ces années.

 

Les communiqués actuels résonnent donc comme ceux d’ex-actionnaires dépités, qui se sont fait voler les bénéfices éventuels d’un fonds de commerce nauséabond.

Comme la longue plainte de soutiens indéfectibles de Dieudonné, qui ne leur a pas renvoyé l’ascenseur et a finalement choisi de mettre sa notoriété au services d’autres « camarades ».

 

Le discours « antisioniste » de gauche ne change donc pas d’un iota. L’ennemi principal des antiracistes serait donc toujours le « sioniste » et pas l’antisémite, et à aucun moment, les organisations citées plus haut ne présentent comme une erreur le fait d’avoir refusé d’attaquer les antisémites de front, au prétexte que cette stratégie aurait fait le jeu du pouvoir en place.

 

Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’une partie de l’extrême gauche française a ce discours et cette stratégie.,Et les représentants de l’UJFP, ou ceux des Indigènes de la République peuvent bien mettre en avant leurs origines pour se démarquer, ils n’en reste pas moins que leurs positions et leurs choix stratégiques sont exactement les mêmes que ceux qui ont conduit une partie des socialistes et des communistes français à creuser leur propre tombe et surtout à donner un formidable tremplin à la droite antisémite à la fin du 19ème siècle.

 

Bien avant que Drumont, l’auteur de « la France Juive » fasse l’objet d’élogieuses critiques dans certains journaux d’extrême gauche, au moment ou le mouvement du général Boulanger et sa composante antisémite prennent leur essor, la plupart des socialistes, des guesdistes et des blanquistes choisissent dans un premier temps l’alliance, dans la rue et dans les urnes. Et quand ils se rendent compte que celle-ci ne leur est pas avantageuse, la plupart se contentent du « silence » équivoque : aux élections de 1888, certains candidats comme Lafargue choisissent de se retirer plutôt que d’affronter ouvertement les candidats boulangistes, par peur de s’aliéner une partie des ouvriers. D’autres textes, de groupes guesdistes ou blanquistes, justifient  à la même époque le refus d’attaquer les boulangistes antisémites par les propos suivants

 

«  Considérant que , malgré les indignes moyens employés, les suffrages réunis sur le Général Boulanger sont une expression menaçante du mécontentement général contre une République qui n’a été que la République des capitalistes, nous refusons de cautionner l’agitation anti-boulangiste menée par les radicaux et les opportunistes »

 

«  Le danger ferryste étant aussi redoutable que le péril boulangiste, les révolutionnaires ne devraient favoriser ni l’un ni l’autre, et n’avaient pas à faire le jeu de la bourgeoisie en l’aidant à combattre celui qui était à présent son plus redoutable adversaire ».

 

A leur propos, Engels, évoquera, non sans raison, le tort immense porté par les socialistes français à la cause du socialisme international et leur reprochera de « n’avoir jamais eu le courage de combattre cette absurdité » et d’avoir ainsi creusé leur propre tombe, et celle du mouvement ouvrier, pour de longues années. L’essor quasi constant de la droite nationaliste révolutionnaire dans les décennies qui suivront ne lui donnera pas tort. A chacune de ses poussées, ceux qui à l’extrême gauche choisiront de reprendre une partie de ses thèmes, ou de ne pas s’y opposer de front, feront à la fois le jeu du pouvoir en place et de la gauche parlementaire, qui aura beau jeu de diaboliser le mouvement ouvrier en se servant de leurs dérives, et celui de l’extrême droite en route vers le fascisme qui utilisera les ambiguïtés de certains discours pour semer la confusion et récupérer une partie des votes ouvriers

 

Les « antisionistes » de gauche ont adopté la même stratégie, pendant des années , avec Dieudonné ou Kemi Seba. Ainsi, en 2007, les Indigènes de la République éprouvent-ils le besoin de s’élever contre la condamnation de l’antisémite de la tribu K au prétexte que celui-ci aurait été condamné en tant que Noir et appellent à la solidarisation , car à travers lui « 

c’est nous tous, Noirs, Arabes et musulmans, qui avons été condamnés »(1).En 2006 ,bien après la prétendue rupture,  dans un communiqué , Europalestine dénonce le sort de Dieudonné « privé d’accès aux médias , attaqué par « les officines sionistes » (2)

 

Il  arrive aujourd’hui à ces grands stratèges la même chose qu’à leurs ancêtres politiques, et le fait qu’ils soient ou se revendiquent les descendants de minorités opprimées, qu’ils soient incapables de remettre en cause les collusions idéologiques qui les ont amené à nourrir l’extrême droite raciste ET antisémite, ne fait que rendre plus grave leurs errements.

 

Peu importe à vrai dire, de savoir si la démarche procède réellement d’un antisémitisme partagé ou de stratégies politiciennes, reste que leur « antisionisme » qui a essentiellement constitué à opposer la lutte contre l’antiracisme à celle contre l’antisémitisme, à défendre, ou au mieux à épargner des antisémites convaincus, a conduit à la création du Parti Antisioniste dont ils avaient rêvé et qui s’avère être un second Front National.

 

Leurs vagissements indignés contre l’OPA de l’extrême droite sur leur « antisionisme », ne fait que démontrer leur incapacité à être autre chose que le dindon de la farce des fachos de tous bords et n’enlève rien à leur responsabilité écrasante dans la propagation de la haine raciste ET antisémite.

 

Et, en Europe l’histoire des siècles précédents, démontre sans discussion possible, que cette haine a toujours été l’arme des capitalistes dans leur ensemble pour diviser le mouvement ouvrier, et détourner la colère et la lutte contre les classes dominantes dans des impasses meurtières.

 

 

 

 

(1)Communiqué des Indigènes de la République , 3 décembre 2007

(2)Communiqué Europalestine, mars 2006

http://www.europalestine.com/spip.php?article2024

Par luftmench
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Samedi 21 février 2009 6 21 /02 /2009 19:38
Il sera très peu question ici de la Palestine et d'Israel

 


Mais de la vision fantasmée et politiquement orientée qu'ont recrée une partie de l'extrême droite française et bien au delà, d'un imaginaire plus répandu qu'on ne le croit, un bestiaire allégorique où le « jeune lanceur de pierres », comme l'infâme « sioniste » ne sont évoqués que pour masquer la pensée réelle de ceux qui ne parlent jamais aussi clairement des Arabes et des Juifs d'ici que lorsqu'ils font mine d'évoquer le Moyen Orient.


A l'extrême gauche, dans les médias même, des centaines et des centaines de textes, des polémiques sans fin ont eu lieu ces dernières années à propos d'un humoriste devenu politicien, Dieudonné.


Dieudonné était il antisémite ou antisioniste ?
Dieudonné était il un raciste ou une victime du racisme ?


Ses propos précis ont très vite été perdus de vue: ce qui importait, c'était le prétendu boycott , le lynchage médiatique et judiciaire contre un "Noir "qui avait attaqué ( peut-être « maladroitement » ) la politique de l'Etat d'Israel, boycott et lynchage qui auraient témoigné non seulement d'un soutien du pouvoir à Israel, mais au delà de la présence dans tous les cercles du pouvoir , de « sionistes ».


Dans le discours des manifestants, et du public de l'humoriste, il y avait deux thèmes qui revenaient principalement.


« Dieudonné n'aurait pas eu autant de problèmes s'il n'avait pas été Noir »
« Dieudonné a osé rire avec les Juifs et on n'a pas le droit de rire avec les Juifs
».


Déjà la question palestinienne n'était plus qu'un arrière plan , servant à tenir un discours sur une prétendue réalité française, une réalité qui aurait intimement lié deux communautés: l'une protégée par le pouvoir et l'autre criminalisée injustement.


Très vite, aussi, l'Histoire ou plutôt la Mémoire a été évoquée : Dieudonné, mais aussi ses soutiens ont mis en parallèle le traitement de l'extermination des Juifs d'Europe et son aspect français, et celui de l'esclavage.

La théorie du « Deux poids, deux mesures » est devenue un lieu commun: les victimes juives de l'antisémitisme  objet de la reconnaissance et du respect, les victimes du colonialisme méprisées et oubliées.

Ces dernières années, sur les sites « alter » , s'est répétée mille fois une rhétorique similaire: chaque acte antisémite et son traitement judiciaire et médiatique donnait lieu à une comparaison avec les actes racistes envers des personnes issues de l'immigration. Il s'agissait à chaque fois, non plus de montrer une parenté entre le racisme et l'antisémitisme, mais au contraire de séparer les deux: l'un banalisé, admis, pratiqué par le pouvoir, l'autre réprimé impitoyablement et même inventé pour criminaliser un peu plus les populations déjà victimes du racisme. Comme si une réalité effective, la sensibilité médiatique et juidicaire à l'antisémitisme et l'indifférence voire l'encouragement au racisme de ces mêmes institutions, relevait non pas de leur responsabilité, mais de celle des Juifs. Comme si certaines victimes devenaient coupables d'être moins mal traitées que d'autres.


Et la Palestine presque constamment était appelée à la rescousse.Pour démontrer quoi ?
Que l'antisémitisme était un phénomène du passé, et que l'extermination des Juifs d'Europe n'était plus significative qu'en tant qu'objet de récupération politique pour légitimer les crimes commis par les Juifs d'aujourd'hui en Israel, ......et ailleurs.


Car pour Dieudonné, comme pour toute une partie de l'extrême gauche, communautariste ou pas, le capitalisme n'est plus l'ennemi ultime, n'est plus la grille d'analyse qui permet de désigner les responsables de l'exploitation et du colonialisme. Le « sionisme » l'a remplacé dans les discours.


Et le « sionisme » ce n'est plus le nationalisme israelien, ce n'est plus le principe et les conséquences pratiques d'un Etat juif, ce n'est même plus l'idéologie qui permettrait le maintien d'un régime raciste et oppresseur parmi tant d'autres, le « sionisme » et les « sionistes « sont devenus une puissance internationale, un corps étranger présent partout et qui cherche à imposer aux gouvernements nationaux de toute la planète des intérêts qui lui sont propres.


Israel est bien loin. D'ailleurs il suffit de taper le mot « sioniste » dans Google version française. L'on tombera ,bien avant des textes traitant des politiciens israeliens, sur des occurrences, ou ce sont en vrac Sarkozy, Kouchner, Obama, Philippe Val, qui sont cités.


En terme d'évènements, si l'on en croit le net « français », le sionisme , avant de faire des ravages à Gaza, a frappé dans le 19ème arrondissement, au sein de Charlie Hebdo, voire à la Nouvelle Star.

De quoi pouvait accoucher cette matrice idéologique , commune à tant de discours indignés sur la Palestine et à tant de défenses « critiques » de Dieudonné et de Kémi Séba, parmi lesquelles les plus claires furent certainement celles de Pierre Tévanian,   idéologue des Indigènes de la République qui nous disait qu'il fallait défendre les deux hommes , malgré leur antisémitisme parce que victimes prétendues du racisme et du sionisme ?


Sa conséquence la plus visble c'est une  extrême droite bien française et revigorée par la reprise , même partielle de certaines de ses thématiques par une partie de l'extrême gauche.

  C'est Faurisson en pleine lumière sur la scène du Zénith: le discours antisémite le plus ignoble qui ait jamais été tenu, celui des négationnistes , les délires sur les chambres à gaz, mystification ultime des Juifs, extermination fabulée par le Bourreau juif qui assoit sa domination en se faisant passer pour victime intouchable. Et des centaines d'antisémites bien français qui peuvent enfin l'applaudir, sans pour autant que le tout soit qualifié de meeting d'extrême droite, sans que quiconque manifeste devant la salle.


Pourquoi ? Parce que tout un chacun éprouve désormais un profond malaise à parler d' « extrême droite » quand cette extrême droite acclame un négationniste non pas , aux cris d' « A mort les Juifs » , mais de « Vive la Palestine », ce qui fut le cas au Zénith.


La boucle est bouclée: défendre les enfants massacrés de Gaza, c'est cracher sur les enfants gazés d'Auschwitz. Lutter contre le racisme c'est être antisémite. Et être antisémite c'est en soi être anti raciste. A tel point que d'aucuns présentèrent comme une provocation anti raciste le parrainage de la pauvre gosse de Dieudonné par Le Pen, l'ex para, l'homme dont les manifs se terminèrent parfois par le jet d'un Arabe à la Seine


Bien évidemment, à l'extrême gauche, les soutiens de Dieudonné ne sont plus légion, et quiconque viendra leur rappeler quelques épisodes peu glorieux , tels les tribunes de la liste Europalestine partagées avec Alain Soral et ce même Dieudonné, se verra immédiatement accuser de pratiquer l' « amalgame ».


Il n'y aurait donc aucune leçon à tirer, aucune analyse à faire de cette cohabitation qui a quand même duré quelques années entre ces hommes, Dieudonné ou Soral qui ont rejoint fort rapidement l'extrême droite et cette foule de militants qui sont restés à l'extrême gauche, rien à dire sur cette alliance objective prétendument motivée par une solidarité commune avec la Palestine ?


Qu'il soit clair aujourd'hui que la Palestine était le dernier souci de Dieudonné ou de Soral, que ceux ci n'aient fait que s'inspirer de leur Grands Anciens , à commencer par Goebbels, qui ordonnait à la presse allemande de publier des diatribes sur les crimes du sionisme  à chaque grande vague de persécutions anti juives, n'autoriserait pour autant personne à s'interroger? La Palestine est elle vraiment la préoccupation de tous ceux, qui à l'extrême gauche prétendent la défendre en traquant le « sionisme » partout ?


Pourquoi le militant français est-il spécifiquement indigné, parmi tous les massacres commis sur la planète, par ceux qui se déroulent en Palestine ?
Cette question n'aurait évidemment pas de sens, si l'intérêt pour les questions internationales était également répandu quel que soit le pays dans les réseaux de l'extrême gauche française traditionnelle.

Mais un bref tour d'horizon montre qu'il n'en est rien: ainsi, il est toujours un peu étrange de voir les « antisionistes » français stigmatiser la passivité et la collaboration des Israeliens face à la politique de leur gouvernement , alors qu'il y a peu de pays ou les exactions impérialistes de l'armée et des politiciens suscitent autant d'indifférence qu'en France.

La guerre en Algérie qui a duré dans sa phase la plus intensive une bonne dizaine d'années a laissé la majeure partie de la population et de la gauche apathiques voire complices, à comparer avec la lutte menée par les Américains eux même contre la guerre au Vietnam.

Si la rue est descendue massivement ( avec la bénédiction de Chirac) contre l'intervention américaine en Irak, il n'y a aucun pays engagé dans la guerre en Afghanistan ou la mobilisation anti guerre ait été aussi faible.

Et quand à la politique coloniale en Côte d'Ivoire, au Tchad, à Mayotte ou ailleurs dans les ou ex-colonies françaises, elle n'est combattue que par les ressortissants immigrés de ces pays , qui sont bien heureux si quelques vagues communiqués de soutien sont pondus en cas d'émeute massive ou de morts particulièrement nombreux et scandaleux par l'extrême gauche, la même qui suit jour après jour pour s'en indigner vertueusement, les bombardements au Liban  ou à Gaza. .


Il faut bien remarquer cette disproportion verbale , ce « deux poids deux mesures » justement qui fait que la Palestine fasse partie des poncifs de l'imaginaire gauchiste, quand tant d'autres guerres figurent le plus souvent à la rubrique brèves. Que le français militant soit tellement indigné contre l'impérialisme des autres et si peu sensible au sien laisse songeur. Qu'un Palestinien ou un Israélien fasse de l'antisionisme son principal cheval de bataille semble évident, mais un Français ?


Mais si l'on creuse un peu plus le discours « antisioniste », l'on s'aperçoit qu'il n'est pas seulement dans l'indifférence et l'ignorance de l'impérialisme français, mais aussi dans la négation de celui-ci.

Comme on l'a dit plus haut, dans l'imaginaire commun à un Alain Soral ou à un Jacques Richaud, le sionisme ne sévit pas qu'à Gaza, le sionisme est un impérialisme mondial. Et dans cette analyse, la France est victime et pas coupable: l'impérialisme américano-israelien domine le monde entier, notre gouvernement lui est vendu, l'Union Européenne n'est qu'un de ses instruments, mais la France, la vraie est une victime pas un bourreau.

Et ceux qui licencient à Gandrange sont ceux qui bombardent à Gaza.


Les capitalistes ? Non camarade, les sionistes.


Le sioniste , comme toutes les constructions idéologiques du type bouc émissaire est d'abord voué à absoudre celui qui le désigne  de ses propres méfaits.


Pour nombre de gauchistes français, l'Etat D'Israel est une bénédiction, l'objet d'une haine qui serait le commun que l'on proposerait en partage à ceux qu'on a souvent trahis ou ignorés, les colonisés et leurs descendants.

Il y a peu d'espaces de lutte ou ne se posent pas , en fin de compte de douloureuses questions qu'il faudra bien résoudre un jour , sur les rapports entre la gauche et l'extrême gauche française et les minorités immigrées ou issues de l'immigration depuis des dizaines d'années.

Le passif est lourd: du silence après le 17 octobre 1961, aux grèves boudées voire réprimées par les centrales syndicales dans les usines des années 80, de ces foyers immigrés détruits par des buldozers communistes, au discours sécuritaire contre les « casseurs « , tenu du PC à la LCR.


La Palestine c'est ce terrain, ou tout ceci pourrait être tu, ou la douloureuse histoire française pourrait ne pas être abordée au nom de la désignation d'un ennemi commun, le sioniste.

Ou le militant communiste qui balance les jeunes immigrés à la police pendant les manifs du CPE peut l'oublier en défendant d'autres jeunes armés également de pierres, également arabes, mais à l'autre bout du monde.


Et pas étonnant, que le sioniste devienne dans le discours gauchiste, bien plus que le nationaliste israelien.. Immense est la tentation d'aller plus loin, de ne pas seulement parler d'Israel pour ne pas parler d'autre chose, mais de faire d'Israel le responsable de ce qui s'est passé ici, de la colonisation française et de ses conséquences toujours vivantes.

Et c'est là ou forcément l' « antisionisme » français ne peut être qu'antisémite: là ou l'Israel dont on parle n'est plus cette terre du Moyen Orient et les hommes et les femmes qui l'habitent, mais l'Israel de l'extrême droite, cette entité occulte, cette conspiration qui contamine un corps sain.

L' « antisionisme » à l'extrême gauche s'est répandu comme une trainée de poudre après l'élection de Nicolas Sarkozy. L'élection avait indéniablement été gagnée sur un programme raciste, ouvertement anti étrangers, et depuis longtemps la violence des termes employés contre les jeunes issus de l'immigration n'avait été aussi franche et aussi claire. Et la participation massive de la population au vote ne donnait aucune échappatoire à l'analyse: une bonne partie du « peuple » français, une bonne partie même de ceux qui avaient voté « non » à l'Europe, et qui incarnaient l'espoir pour l'extrême gauche s'était clairement positionnée pour une droite réactionnaire et anti immigrés.


Reconnaître cette réalité, et l'effondrement de la gauche de la gauche c'était trop difficile, notamment pour les communistes, à qui le « non « de 2005 avait fait rêver d'un soutien populaire massif.


La désignation de Nicolas Sarkozy , comme un sioniste, les délires visant à expliquer sa victoire comme le résultat de manoeuvres impérialistes ou même à plonger dans son arbre généalogique  ont procuré un immense soulagement: le coupable c'est encore l'autre et toujours l'étranger et bien souvent le Juif, et surtout pas le « peuple » toujours trompé et toujours victime.


L'analyse permettait aussi de faire l'économie d'une auto critique, d'un questionnement profond sur ce qui fait que le prolétariat français soit aussi divisé, que les (quelques) émeutes de 2005 n'aient déclenché que la peur et la haine chez beaucoup de prolos de souche.

L' « antisionisme » est toujours le moyen commode de dissimuler cette terrible fracture. Si Sarkozy est un sioniste alors il n'y a plus de questions à poser.

Et c'est là ou l'on comprend mieux cette obsession mémorielle typiquement française, ce délire comparatif : dans d'autres pays, personne ou presque n'a besoin d'en revenir sans cesse à Auschwitz pour qualifier ce qui se passe à Gaza. Nul besoin pour dire l'horreur des camps de réfugiés de les comparer à des camps d'extermination. Nul besoin de répéter cette phrase symbolique « Les victimes d'hier sont les bourreaux d'aujourd'hui » , devenue elle aussi un lieu commun des discours « antisionistes » français sur la Palestine, qu'ils émanent de l'extrême gauche ou de la droite.


A qui s'applique cette phrase absurde ? Que dit elle au fond, prononcée dans un pays qui a envoyé tranquillement une partie de sa population dans les chambres à gaz, et qui a de plus gardé les mêmes préfets, qui,  habitués aux meurtres massifs et à la passivité nationale, n'ont pas hésité vingt ans plus tard à exécuter des centaines d'Algériens en plein Paris, en une seule soirée ?


Si les victimes d'hier sont les bourreaux d'aujourd'hui, alors finalement valaient-elle la peine d'être défendues hier ? Ceux qui se sont tus , ou ont applaudi en ces petits matins de 1941 ou l'on raflait en toute publicité sont-ils finalement si coupables que ça, puisque les victimes se sont finalement avérées être des bourreaux ?


Si Israel, c'est « Isra-heil » comme le disait Dieudonné dans ce scketche que tant ont défendu, ou le costume dont il s'affuble n'évoque pas d'ailleurs en premier lieu le colon israelien, alors qui étaient les nazis ?

Et c'est là ou le poncif considéré comme banal et allant de soi se révèle pour ce qu'il est, la légitimation du négationnisme: car après tout si les victimes étaient les futurs bourreaux, ont elles jamais été des victimes ? Si Gaza c'est Auschwitz, alors Auschwitz était -il vraiment Auschwitz ? Les nazis ont-ils chatié des victimes ou des bourreaux , qui s'ils le sont aujourd'hui devaient bien l'être un peu hier.


Voilà pourquoi les comparaisons entre Gaza et Auschwitz, entre les meurtres de Tsahal et les pogroms sont essentielles à la rhétorique d'extrême droite, voilà pourquoi elles devraient être évitées comme la peste par tous les autres: parce qu'elles sont une légitimation voilée de l'antisémitisme, parce qu'elles disent que les pogroms n'étaient pas si injustes que cela, puisqu'elles visaient une population qui aujourd'hui exterminerait en masse.


L' « antisioniste » français balaiera bien sûr toute cette réflexion d'un trait de plume: comment , mais comment peut-on être à ce point préoccupé par l'antisémitisme, alors qu'il n'y a plus de pogroms, alors que « c'est bien le sionisme qui tue les enfants de Gaza ».


Est ce vraiment le « sionisme » qui tue à Gaza ? L'Etat d'Israel est il, dans sa réalité, l'enfant du sionisme ?

L'Etat libérien, dont l'élite était composée d'anciens esclaves afro américains alors que la masse de ses habitants quasi réduite en esclavage était née sur le sol africain, était il l'enfant du nationalisme noir américain ?

Bien sûr que non, et personne aujourd'hui n'irait dire que les descendants des afro américains qui vivent au Liberia sont tous des colons qui doivent quitter le pays. Et le mouvement de libération afro américain , et son rêve du retour à l'Afrique ne peut être tenu pour responsable de ce qui s'est passé au Liberia: les responsables, ceux qui ont utilisé le rêve de liberté de millions d'hommes et de femmes qui voulaient fuir la discrimination raciale et sociale, sont ceux là même qui ont créé cette discrimination, qui ont persécuté et esclavagisé pour leur intérêt économique: la bourgeoisie colonialiste  , la même qui ensuite a permis la création d'un Etat fantôme; le Libéria pour voler une seconde fois l'Afrique en se servant des descendants des premiers esclaves.


L'Etat d'Israel et sa création relèvent bien de la même démarche, de cette persécution doublement profitable: l'Etat d'Israel est bien l'enfant de l'antisémitisme et du colonialisme européen. Les victimes d'hier , juives ou arabes, ou les deux, sont bien les victimes d'aujourd'hui que le capitalisme colonial jette les unes contre les autres pour son plus grand profit.


L'Etat d'Israel n'est pas plus au service de la nation juive, comprise comme l'ensemble des membres supposés de cette communauté, que le Liberia n'était au service de la nation noire dans son ensemble.


Dire cela ce n'est pas légitimer le sionisme ou le panafricanisme: ne serait ce que parce que cela démontre que les rêves nationaux des minorités opprimées, sans conscience de l'ennemi réel, le capitalisme, finissent bien souvent dans le cauchemar d'Etats réactionnaires, guerriers et oppresseurs.


Lutter contre l'antisémitisme aujourd'hui et maintenant, en France , ce n'est donc pas faire preuve d'une horrible indifférence envers ce qui se passe à Gaza. C'est bien au contraire s'attaquer à la source du problème, au coeur de l'idéologie du capitalisme néo colonial qui, au cours de sa maintenant très longue histoire a toujours été raciste ET antisémite, au moins pour une partie de ses élites.


La question, c'est bien qui jette les victimes les unes contre les autres depuis le 19ème siècle ? Qui fait mine alternativement de soutenir les uns pour mieux persécuter les autres ?


Et les « antisionistes » qui refusent d'aborder ces problèmes et tentent le jeu pervers de la culpabilisation au nom des enfants morts n'en sauvent aucun, bien au contraire et ne font que cracher sur leur mémoire: car c'est bien à cause de leur confusionnisme volontaire ou pas, que dans une grande salle de spectacle parisienne, un tortionnaire de l'Algérie Française, un raciste même pas caché dont la base a derrière elle des dizaines d'années de ratonnades plus ou moins assumées,un défenseur indéfectible de la colonisation ,Jean Marie le Pen a pu en toute sérénité crier un « Vive la Palestine » .



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Par luftmench
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