Lundi 24 janvier 2011 1 24 /01 /Jan /2011 00:00

à l'envers-copie-1Pour les fascistes, une manière de neutraliser la lutte antiraciste, est de se la réapproprier en confondant les genres et les rôles.  Un confusionnisme bien usé par certains antisémites,   comme Alain Soral ou Dieudonné quiprétendent ainsi au titre d’anti-nazi. Usé aussi par l’extrême droite « identitaire » dont une des motivations serait de lutter contre « le racisme anti-blanc. »

 

A l’horizon de cette année 2011, concrétisation de l’offensive culturelle fasciste oblige, le procédé n’est plus l’apanage des groupuscules. Un avocat a ainsi été mis en examen sous le chef d’incitation à la haine raciale pour avoir déclaré que son client, d’origine immigrée était condamné d’avance dans la mesure ou le jury d’Assises ne comportait aucune personne issue de l’immigration.

 

 

En juin de l’année dernière, le MRAP 66, antenne locale d’une organisation reconnue d’utilité publique a pour la première fois proposé à des personnes victimes d’une agression de les défendre au nom de la lutte contre le racisme « anti-blanc ».

 

 Une syndicaliste martiniquaise fait actuellement l’objet de poursuites pour « incitation à la haine raciale » pour la reprise d’un slogan partagé par les acteurs du mouvement de classe, survenu aux Antilles en 2009, et visant les beke, non pas pour leur « race », mais pour leur position sociale 

  

Il y a encore quelques années, pas mal de politiques étaient déjà d’accord pour lier « délinquance » et « étrangers », mais rechignaient à le faire sans périphrases. Puis, la droite réactionnaire a renchéri sur l’extrême droite, avant d’être suivie par une bonne partie de la gauche social-démocrate.

Mais depuis quelques temps, si ce sont toujours les mêmes faits divers qui sont mis en exergue pour ne pas parler de l’insécurité sociale, les immigrés et leurs descendants ne sont plus accusés seulement d’être des barbares sans humanité, ni capacité de réflexion. De plus en plus souvent, l’accusation de « racisme anti Blancs » revient comme motivation principale de ceux qui seraient les « voleurs de I Phone », les « violeurs », les « agresseurs sans cause », etc, etc…

De quels « blancs » parle-t-on se demandera toute personne qui ne voit pas le monde et le marché de son quartier avec les yeux de Manuel Valls,  pour qui un arabe à la peau plus claire que la sienne n’est pas de ces « Blancs » qui , parait-il, font cruellement défaut à la jolie bourgade d’Evry ?

 

La réponse est bien sûr évidente pour qui se rappelle l’origine de la notion de « racisme anti-blanc », inventée par l’extrême droite dans les années 90. Les « Blancs » ce sont les franco-français  avec une carte d’électeur, que le Front National espère bien conquérir en leur faisant peur avec le "péril immigré".

Ce qui est présumé et dénoncé, c’est bien cela, un racisme « anti Français ». Mais l’extrême droite a très bien vu depuis le début le problème de cette dénomination, à la fois trop vague et trop précise.

 

Trop vague, parce  que parmi les accusés de ce prétendu « racisme », il y a une majorité de Français au sens strict et matériel du terme, des gens avec la nationalité tout simplement.  Accuser une partie de ces « Français » de « racisme anti-Français » fait immédiatement ressortir la réalité : c’est celui qui accuse l’autre de racisme qui l’est, puisqu’il rejette sur des critères ethniques ou culturels une partie de la population.

 

Trop précis, aussi, parce que le sentiment « anti Français » est quelque chose d’assez communément partagé en France, pour diverses raisons.

 

Le 6 mai 2007, par exemple, il s’est trouvé un paquet de gens devant leur télé, pour haïr férocement et provisoirement ce « peuple français » qui avait voté pour un candidat ouvertement xénophobe et anti pauvres.

 

Inversement, par exemple sur le site « fdesouche », dans les cibles principales des commentateurs enfiévrés de haine et de ressentiment, on trouve juste derrière les Algériens, les Français, ces « veaux », ces « dhimmis », ces « naifs « , ces «  masochistes », opposés aux membres d’autres peuplades plus nobles et plus farouches, plus conscientes d’être « Blanches » justement : les Serbes ou les Allemands à une certaine époque malheureusement révolue. Des « français » parfois même considérés sur le premier site d'extrême droite comme inférieurs à l’ennemi juré, le « Youpin » et le « Bougnoule » , soudé aux siens et prêt à la guerre de civilisation.

 

Et puis « Blanc », c’est abstrait, c’est a-historique, c’est pratique.

 

Même si désormais il est de bon ton de reprocher à quiconque évoque le passé colonial de la France ou sa responsabilité dans la destruction des Juifs d’Europe d’avoir la mémoire trop longue, si l’on exige des minorités opprimées  de faire du passé table rase sans garantie aucune sur l’avenir, il n’est pas difficile de comprendre en quoi le sentiment anti-français , même mal dirigé,  n’est pas du tout un racisme, mais au pire une réaction inappropriée au racisme et à l’antisémitisme.

C’est en ce sens qu’il ne peut y avoir aucun signe d’égalité tracé entre les communautarismes minoritaires, même lorsqu’ils évoluent vers le fascisme, et l’oppression majoritaire fondée sur des critères racialistes.

La notion piège de « racisme anti Blanc » est une notion qui abolit l’Histoire tout autant que les mensonges négationnistes : elle entend inverser le cours du temps et le déroulement des évènements.

 

Dans la logique démente des négationnistes, l’extermination des Juifs d’Europe est un mensonge inventé par le nationalisme juif, lequel aurait existé indépendamment de l’oppression millénaire d’une minorité culturelle et religieuse.

 

De la même manière, imposer le concept de « racisme anti-blanc » évacue immédiatement ce qu’est le racisme concrètement : ses victimes  désarmées devant un Etat, ses lois discriminatoires, sa police, sa justice et son potentiel de domination culturelle.

 

Il évacue pour le présent le fait que celui qui, éventuellement, se ferait traiter de « sale blanc », à l’occasion, ne peut pour autant se comparer à celui qui est un sale Noir de sa naissance à sa mort, de l’école au commissariat en passant par le boulot.

Il évacue pour le passé la cause des guerres d'indépendance nationale menées par les minorités opprimées, qui, effectivement ne furent pas toujours parfaites, et toujours sanglantes. Les colons deviennent des victimes d’une haine sans cause objective, motivée uniquement par la volonté de domination, comme le projet sioniste dans toutes ses composantes, même socialistes et progressistes, est qualifié de « raciste » par les antisémites.

Mais le concept de « racisme anti-blanc » neutralise aussi et surtout la réflexion .Très vite,  sous ce vocable, l’imaginaire collectif qui va se créer va englober des phénomènes qui n’ont pas grand-chose à voir. 

 

D’un côté les conséquences de la guerre entre les pauvres entretenue par le système capitaliste, qui ne tient pas seulement par le pouvoir de la bourgeoisie sur le prolétariat, mais aussi sur la délégation de l’oppression : le pouvoir laissé à une partie des prolétaires d’opprimer d’autres prolétaires.

 

La vie des petits « franco-français » pauvres est effectivement parfois un retournement temporaire des rapports de pouvoir principaux : l’existence du patriarcat ne se réduit pas à la soumission des femmes, elle est également matérialisée par le phénomène viriliste, et l’oppression des hommes qui ne peuvent, temporairement, être les plus forts. Dans ce contexte, là ou plusieurs hommes s’identifient comme des semblables, la chasse à « l’autre » est une activité quasi constituante. Et l’espace d’une soirée, d’un échange de regards dans les transports en commun, « l’autre » peut effectivement être le « franco-français », exactement comme il peut-être celui d’un autre quartier.

 

Mais ces phénomènes restent une oppression temporaire, pour le franco-français pauvre  : son principal souci au quotidien reste bien l’oppression de classe, et le principal obstacle à sa prise de conscience, justement le préjugé raciste, ou plutôt, une tolérance relative dictée par le racisme.

 

Les sales regards, la moquerie et les coups sont le lot quotidien de tous les jeunes hommes qui ne correspondent pas au modèle viriliste. Mais si le bizutage est le plus souvent accepté comme un rite de passage, que le petit garçon qui se plaint d’être la tête de turc de ses camarades déclenchera le plus souvent l’inquiétude de ses parents «  s’il ne réagit pas », les mêmes comportements émanant d’hommes ou de garçons des minorités sera perçu comme inacceptable envers le petit « franco français. »

 

Les phénomènes englobés sous le terme « racisme anti Blanc » n’ont donc absolument rien de nouveau.

Ce qui ressort, c’est le jeu pervers instauré entre la bourgeoisie culturellement dominante, sa composante fasciste et la bourgeoisie en devenir issue des minorités : la tentative croisée de créer un sujet « Blanc ».

 

De l’autre côté, les bourgeoisies « indigènes » puisqu’elles se dénomment elle-même ainsi ont tout intérêt à valider elle aussi cette essentialisation : le concept de « Blanc » ou de « souchien » leur va fort bien : elles n’ont naturellement pas l’intention de se lancer dans le « racisme à l’envers », mais par contre, figer l’identité de leur public issu des minorités pour le canaliser fait partie de leurs objectifs.

 

Le « Blanc » du discours indigène en effet est « le raciste », mais pas seulement : dans la majeure partie des cas, sa caractéristique majeure est l’universalisme progressiste, ou révolutionnaire. Le « Blanc » qui est visé, ce n’est pas l’identitaire de gauche qui essentialise ses « concitoyens », mais souvent toute personne qui critique le sexisme, ou le communautarisme ou la religion en elle-même, au nom de valeurs non identitaires.

 

Ceci permet en premier lieu de neutraliser les discours minoritaires de classe : ceux qui n’épargnent pas la bourgeoisie réactionnaire issue des minorités, et refusent de se ranger derrière sa bannière, sous prétexte de lutte contre l’oppression raciste. Ceux là sont les traîtres contaminés par la pensée « blanche ». La droite du FLN les appelait « les buveurs d’anisette », leurs héritiers directs Indigènes de la République leur reprochent de « s’intégrer par le jambon ».

Racistes et bourgeoisie minoritaire ont donc un intérêt mutuel à ce qu’émerge une identité « blanche », comme refuge pour les uns, comme fantasme pour les autres.

 

Seulement, les faits sont tenaces : en France aujourd’hui, il n’est pas de faits qui soient explicables correctement avec la thèse du racisme « anti Blancs ». Et le salmigondis de faits divers le plus souvent relatés par la presse dominante, et de questions abstraites formulées en guise de démonstration par ceux qui prétendent qu’il existe n’a rien de convaincant.

Le plus souvent, une fois les faits disséqués, l’interlocuteur, d’extrême droite ou pas, en reviendra toujours à la bonne vieille question : et pourquoi ça ne pourrait pas exister , dans l’absolu ?

Dans l’absolu, oui : l’esclavage aurait pu être le fait d’hommes Noirs sur des hommes Blancs.

Mais dans le réel, les notions qui pourraient être vraies dans l’absolu sont des créations fascistes irrationnelles propres à empoisonner les débats et à remplir un seul objectif, celui de leurs créateurs : renforcer l’oppression sur les minorités réellement opprimées et entraver l’unification des prolétaires dans leur combat contre la bourgeoisie

 

Par Luftmenschen
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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 15:10

Dans les moments de lutte, les pauvres se fichent  de la liberté d'expression de l'ennemi :

 

La-liberte-d-expression-est-une-impasse.-copie-2.jpg- Quand des travailleurs séquestrent un patron, accessoirement, ils l'empêchent d'expliquer benoitement à la télé pourquoi il lui est nécessaire de briser leurs vies.

- Quand des chômeurs occupent une administration, y interrompant le travail en cours, on ne se préoccupe pas de savoir que la dite administration ne pourra pas édicter en temps et en heure la circulaire qui nous prive de nos droits, c'est même l'un des objectifs de l’occupation.

- Quand on se bat dans la rue, quand on y érige des barricades, on bloque physiquement d'autres hommes, mais on récupère aussi un territoire où leur voix modèle le paysage et l'atmosphère en temps normal.

 

Mais les pauvres engagés dans la lutte concrète contre la bourgeoisie n'ont guère le temps de s'exprimer longuement, même s'ils en ont le droit, au moins formel.

 

D'autres en ont fait métier : professeurs d'université ou de grandes écoles, ils sont les penseurs de ce temps, se vivent comme "la voix des sans voix" sans jamais s'interroger sur leur légitimité.

 

Pierre Bourdieu avait  inauguré cette manière de faire pendant le mouvement des chômeurs de l’hiver 97-98: l'Ecole Normale Supérieure était occupée depuis plusieurs jours par des centaines de précaires, cernés par des escadrons de flics dont l'objectif premier était bien d'empêcher la diffusion de la lutte et de son contenu à l'extérieur.

Le prestigieux professeur s'était planté là, dos à l'Ecole, dos aux occupants , face à des dizaines de caméras, pour expliquer pourquoi les autres affrontaient la police, cette même police qui le laissait s'exprimer , lui.

Devenu spécialiste après cet épisode, le digne homme se vit cité par les organisations « représentatives » des chômeurs et précaires quand il s'agissait d'expliquer le sens profond de la lutte. Les concernés,  ceux qui vivaient la précarité dans leur peau se trouvèrent vite réduits au statut d'exemples illustrant les théories des professeurs, car Bourdieu n'était pas seul en lice, de Moulier Boutang à Negri, beaucoup de gens avaient des mots à mettre dans la bouche de ceux qui faisaient le mouvement.

 

A la fin des années 90, au moment où l'attaque capitaliste contre les acquis sociaux entrainait économiquement la chute des catégories sociales intermédiaires, et notamment des professions intellectuelles, une petite niche d'emploi innovant commença ainsi à se développer : parler à la place du mouvement social du haut de sa chaire d'universitaire devint un moyen commode de se distinguer des concurrents, dans un contexte de privatisation des universités. 

Le modèle était évidemment celui de l'intellectuel révolutionnaire d'autrefois. Mais si Lénine ou Trostky étaient pourchassés par toutes les polices européennes pour leur activité d'écriture, si la réunion dans un café  ou fut élaborée la plateforme maknoviste au milieu des années 20 fut interrompue par les flics, si empêcher la diffusion des brochures et des écrits fut un des principaux objectifs des structures répressives jusqu'au milieu du siècle dernier, aujourd'hui, l'intellectuel « révolutionnaire »  n'a pas ce souci.

 

Invité à la télé,  il peut y dénoncer la censure atroce qui s'exerce contre ses idées car « il passe à Ce soir ou Jamais, certes,  mais pas au journal de Jean Pierre Pernaud. »

Certes ses journées sont épuisantes: entre son emploi à l'Université, les tribunes à rédiger pour les médias internet, Rue 89 ou Mediapart, et les débats du mouvement où ouvriers, sans papiers ou étudiants en lutte sont conviés à l'écouter , ...sa vie n'est pas de tout repos.

Une vie de mots sans importance mais bien payés et reconnus socialement.

 Mais comme toute marchandise en monde capitaliste, le commerce des mots est livré à la concurrence. A l'extrême gauche, pour une lutte médiatisée, trente" intellectuels" désormais pour vouloir en parler.

Ainsi le jeune émeutier de banlieue comme son alter ego palestinien sont-ils des cibles très convoitées. Tout le monde a quelque chose à en dire, mais on tourne vite en rond. La sphère médiatique se lasse vite des idées neuves, le concept d'Indigène seul a fait son temps, le scandale bien réel enfin dévoilé du « post colonialisme » ne suffit plus à lui seul. Récemment, dans Libération, nombre d'intellectuels et d'universitaires ont  innové à propos du procès de Villiers le Bel en annonçant l'évènement comme le passage à la lutte armée des classes dangereuses "noires et arabes."

 

Accessoirement, aucun jeune de Villiers le Bel, aucun habitant n'avait  formulé les choses de cette manière à propos des tirs contre des policiers. Accessoirement, cette tribune libre intervenait dans un procès ou l'objectif des inculpés était justement de démonter une version selon laquelle des groupes parfaitement organisés auraient prémédité de "tuer du flic". Accessoirement, la tribune de libre expression provocatrice de nos intellectuels "pas habitants" de Villiers le Bel fut-elle reprise par une partie des media d'extrême droite et présentée comme la parole de la banlieue.

Les jeunes inculpés qui n'avaient pas parlé de lutte armée ont été condamnés à des peines de dizaines d'années de prison.

Pour les intellectuels universitaires, la question est surtout celle de la prochaine provocation, de la prochaine surenchère sur les luttes, du prochain usage de la liberté d'expression qui leur est concédée.

Ils en ont le droit, ils savent s'en servir, et ils en vivent.

  shut-up

La dessus, la liberté d'expression ne diffère pas des autres libertés bourgeoises inscrites dans le marbre des constitutions des pays démocratiques. Les libertés sont exactement comme les produits dans les rayons du supermarché, la question n'est pas la pénurie, mais la possibilité d'acheter la marchandise disponible.

 

Personne ne remettra cette idée en cause pour certaines libertés, ainsi personne à gauche n'ira dire que chacun dispose à parts égales de la liberté d'entreprendre ou d'être propriétaire. Bien au contraire, tout anticapitaliste, même modéré, part du principe que ces libertés fonctionnent sur le principe d'un exploiteur et d'un exploité, d'une partie qui fait ce qu'elle veut et de l'autre qui subit forcément et se fait déposséder.

 

De fait, l'ensemble du mouvement révolutionnaire, et même une grande partie du réformisme socialiste originel s'est construit sur un objectif : priver la bourgeoisie de ces deux libertés, celles de s'approprier la marchandise et le travail des autres.

Et pour tous les révolutionnaires, il ne s'agissait pas de se réapproprier ces libertés, de les transmettre d'une classe à une autre, mais d'abolir le salariat et la propriété .

Le rêve révolutionnaire repose sur la destruction sociale de ces deux libertés bourgeoises, c'est celui d'un monde ou personne ne pourra plus entreprendre d'exploiter les autres.

 

Dans le cadre de la lutte des classes, la liberté d'expression du prolétariat est elle aussi muselée, tout naturellement. La destruction des moyens de communication de l'ennemi de classe est donc une nécessité immédiate pour les prolétaires. Virer des espaces de décision collective du mouvement, ceux qui ne partagent pas la volonté de lutter aussi. Ne pas laisser la parole à tout le monde, c'est même la base du combat. Quand cette base n'existe pas ou est remise en cause, très vite le mouvement s'effondre: ainsi dans ces AG d'université ou on laisse s'exprimer ceux qui sont contre la grève ou le blocage, ou l'on revient en arrière en débattant sur l'existence même du mouvement. Ainsi en est-il aussi lorsque le syndicalisme passe de la négociation, ou chacun expose l'état du rapport de forces et les revendications qui vont avec, à  la concertation ou les représentants des patrons et des ouvriers sont censés s'exprimer, s'écouter et s'entendre....sur le dos du prolétariat.

 

« Le prolétaire s'exprime mal », c'est un lieu commun entendu toute notre scolarité. Et pour cause, cela ne fait pas partie des savoirs que l'on veut bien nous transmettre, et individuellement, l'exploitation ne nous permettra pas de les développer plus tard.

La liberté d'expression est donc une liberté virtuelle au niveau individuel: seule la lutte, la construction d'outils collectifs, le partage des savoirs permettent aux pauvres de pouvoir dire et communiquer efficacement entre eux.

Mais dans le cadre capitaliste, ils ont toujours un train de retard et ne sont jamais à égalité car il ne s'agit pas seulement de dire, mais d'être entendu. Tout le monde peut faire son blog, tout le monde peut envoyer des communiqués de presse, tout le monde peut donner son avis, mais tout le monde ne sera pas repris, pas référencé, et pas entendu de la même manière.

Comme pour toutes les autres libertés, l'accès aux moyens de production, le côté de la barrière de classe où l'on est détermine tout. C'est la raison pour laquelle l'extrême droite et les mouvements fascistes règnent quasiment sans partages sur le net, en termes d'audience et de nombre de sites, en termes de participation au débat « libre et ouvert » sur les forums des grands médias.

C'est la raison pour laquelle aucune loi ne peut contrer cette domination: loi Gayssot ou pas, il n'y a rien de plus facile, malheureusement qu'accéder aux discours révisionnistes ou négationnistes, il est même difficile d'y échapper. Des centaines de commentaires sont postés chaque jour sur les plateformes vidéos, sur les forums généralistes avec des liens vers les sites néo nazis, ou plus subtilement vers des sites apparemment neutres mais qui renvoient à leur tour vers la propagande raciste et antisémite.

Il arrive que des sites soient fermés: ils mettent généralement quarante-huit heures à rouvrir ailleurs, parfois un tout petit peu plus.

 

Dans ce contexte, on peut comprendre que l'extrême droite fasse du foin autour de la loi Gayssot et déclare la liberté d'expression « menacée ». Le propre du fascisme est de se présenter comme une rébellion anti capitaliste, comme l'ennemi du système et d'utiliser les quelques freins étatiques à son développement pour entretenir cette image.

De la même manière, lorsqu'un Ministre d'Etat va un peu trop loin et trop ouvertement dans l'enrichissement personnel, lorsqu'un chef d'entreprise abuse un peu sur le nombre de valises de billets qu'il balade à droite à gauche, lorsque des conflits de pouvoir au sein même de la bourgeoisie donnent lieu au sacrifice de quelques lampistes, les lampistes en question hurleront au populisme, à la remise en cause de la « liberté » de l'industrie, voire au retour des rouges qui criminalisent le brave producteur et crient haro sur l'argent.

 

Aucun anticapitaliste n'ira les prendre au sérieux, évidemment.

 

Pourtant, lorsqu'il arrive qu'un néo nazi, un fasciste ou un révisionniste soit condamné pour ses propos et la diffusion de sa propagande, lorsqu'il arrive que l'un d'eux se retrouve en prison, toute une partie de l'extrême gauche, et une partie des libertaires se sentent brusquement investis d'une mission : défendre la liberté d'expression, au prétexte que cette épisodique répression des propos de leurs ennemis fascistes serait une atteinte aux fondements éthiques du combat révolutionnaire, et menacerait leur propre liberté d'expression.

 

A chaque fois, les mêmes arguments ressortent : l'attaque étatique contre des négationnistes ou des fascistes serait le prélude et le prétexte à un muselage du camp adverse, et des Noam Chomsky, des Jean Bricmont, seraient d'une lucidité salvatrice lorsqu'ils les défendent. Depuis dix ans, l'on nous annonce que la loi Gayssot sera suivie de bien d'autres.

Mais c'est bien là un point de vue externe à la lutte, un point de vue qui émane d'une classe qui a elle même le privilège de la liberté d'expression.

-Les délits d'outrage, les délits d'incitation à l'émeute, les délits de manifestation non autorisée existent depuis que la république est née et répriment invariablement les mêmes, les prolétaires en révolte qui n'ont jamais eu le droit de dire ce qu'ils voulaient.

-La diffamation et l'injure sont des infractions qui ont toujours permis de faire taire ceux qui s'attaquaient aux intérêts de la bourgeoisie et n'avaient pas les moyens financiers de faire face à de longues et couteuses procédures juridiques, pas les moyens de se payer des avocats spécialisés.

-Le devoir de réserve dans la fonction publique a toujours été utilisé pour imposer le silence aux agents de l'Etat sur le véritable fonctionnement des administrations ou ils travaillent.

 

Depuis la fin de la guerre d'Algérie, les lois d'amnistie votées à cette occasion ont un effet particulier sur la liberté d'expression. Si l'on dénonce les crimes commis par un membre de l'Etat français à cette époque, et que l'on est attaqué en diffamation, on ne pourra pas se défendre en apportant la preuve des crimes allégués car ceux-ci sont couverts par la loi d'amnistie.

Ce dernier exemple montre bien que des lois existent dans ce pays contre la liberté d'expression des victimes du racisme et du colonialisme. Elles n'ont jamais donné lieu à une levée de bouclier comparable à celle contre la loi Gayssot, qui après tout ne s'attaque qu'à la liberté d'expression des bourreaux et de leurs soutiens, et de manière bien peu efficace.

 

La question qui se pose aujourd’hui à tout prolétaire en lutte menacé par la montée du fascisme est donc simple : comment faire taire les bourgeois et les fascistes, comment détruire ou neutraliser les moyens de propagande de l’ennemi ?

 

La « liberté d’expression » doit être détruite, au même titre que toutes les libertés bourgeoises, il ne s’agit pas de les reprendre pour nous, c’est impossible.


Contre-laliberte-d-expression-copie-1.jpgLe monde que nous voulons sera celui de la liberté d’apprendre, de la liberté d’accès à la vérité scientifique, celui de la liberté de réflexion, qu’entrave nécessairement la liberté d’exprimer des mensonges, de manipuler le prolétariat en laissant libre cours aux manipulations des charlatans de l’irrationnel.

Reconnaître à nos ennemis le droit de s’exprimer, c’est leur reconnaitre le droit de gagner la bataille : car les mots sont des armes mortelles.

-En Europe de l’Est, les antifascistes tombent sous les coups de la liberté d’expression capitaliste, parce que les néo nazis publient leur nom et leur adresse sur des sites hébergés aux Etats Unis.

-En France, des femmes voient leur vie brisée par la culpabilité  parce qu’elles ont cherché sur Internet des informations sur l’avortement et sont tombées sur les sites des anti IVG, bien mieux référencés que ceux du planning familial.

Des jeunes Juifs se font tabasser parce que se répand sur toute la toile le négationnisme qui les présente comme les plus grands manipulateurs de l’Histoire.

 

La révolution, c’est nécessairement bâillonner la bourgeoisie et ses alliés fascistes.


Nécessairement donc, ceux qui défendent le droit de nos ennemis à propager leur haine sont dans leur camp, volontairement ou pas.

En ce qui concerne les « intellectuels » progressistes qui défendent Faurisson ou Reynouard, peu nous importe qu’ils ne soient pas des fascistes : sans doute défendent-ils leur bout de gras pour la plupart, ce qui leur reste de privilèges concédés par la bourgeoisie : parler à tort et à travers, provoquer sans rien risquer.

 

Concernant Chomsky, le cas est plus grave.

 Nous n'avons pas de temps à perdre à nous interroger longuement sur le hasard étrange, qui fait qu'un écrivain et universitaire américain , par deux fois, signe une pétition en faveur de révisionnistes français, qui ne sont pas si nombreux tout de même, sans les avoir lus. Nous nous contenterons de remarquer que Noam Chomsky ne connaît pas non plus les précaires français mis en examen suite à des plaintes de la CFDT pour leurs propos sur cette confédération, qu'il ne connait pas non plus les antifascistes russes réprimés depuis aout pour leur simple appartenance revendiquée à des mouvements d'opposition à l'extrême droite, qu'il ne connaît pas non plus les nombreuses personnes condamnées pour outrage au chef de l'Etat français, qu'il n'a pas lu les textes anti patronaux pour lesquels des syndicalistes et des travailleurs sont régulièrement condamnés suite à une plainte de leur boite.  Et que Noam Chomsky n'a pas signé les pétitions de soutien à leur sujet, et ce bien que leur liberté d'expression soit aussi directement mise en cause

De ceci, l'on ne peut déduire que deux choses: ou Noam Chomsky a lu Faurisson et Reynouard, et trouve un intérêt spécifique à les défendre, eux et pas d’autres, ou Chomsky ne les a effectivement pas lu, auquel cas il semblerait que ses contacts en France, qui l'amènent à signer des pétitions parmi d'autres sont manifestement prioritairement des antisémites et pas des militants révolutionnaires.

 

Mais peu importe : on peut défendre les fascistes parce qu’on l’est soi même ou seulement parce qu’on y trouve un intérêt matériel, ou même parce qu’on s’est laissé manipuler.

Mais de toute façon, dans la lutte à mort entre le fascisme et les prolétaires, il n’y a pas de troisième voix, pas plus qu’il n’y a de "troisième voie" entre le capitalisme ou la Révolution sociale.

Les soldats perdus de l’extrême gauche qui défendent la liberté d’expression des fascistes sont des soldats quand même, au service des généraux de l’extrême droite.

 

Etre liberticide c’est une nécessité, faire fermer leur gueule aux fascistes une priorité vitale.

 

 

 

Par Luftmenschen
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Dimanche 7 novembre 2010 7 07 /11 /Nov /2010 21:33

luftmenschen antiséxisme

L'antifascisme n'est pas un prétexte pour l'expression du sexisme

 

La manifestation parisienne pour le droit à l'IVG aura rassemblé plusieurs milliers de femmes et d'hommes, c'est une bonne nouvelle pour le nombre, mais ceux qui y ont participé auront aussi remarqué la montée qualititative du front anti sexiste et anti patriarcal. C'était un simple défilé, mais qui a rassemblé des jeunes et des moins jeunes, des lycéennes, des étudiantes et des infirmières, beaucoup de travailleuses et travailleurs du secteur hospitalier qui avaient fait le choix, en ce samedi pluvieux  de lier ce combat à celui de la défense des retraites.

 

La conscience de la menace qui pèse sur le droit à disposer de nos propres corps s'étend: nous avions pris pour acquis l'accès à l'IVG, et pour beaucoup d'entre nous, les milliers de participants aux manifestations « pro vie », qui sont venus grossir les rangs des quelques centaines de participants aux commandos anti IVG des années 90, ont été un véritable choc.

 

Surtout dans un contexte ou le droit à l'IVG devient de plus en plus virtuel pour les femmes prolétaires : chaque année 5000 femmes partent avorter à l'étranger faute de place dans les hôpitaux français. Cela donne une idée de celles qui n'ont pas les moyens de faire ce voyage et se retrouvent de fait avec une maternité non désirée. De cette réalité là, seules transparaissent dans les médias capitalistes les histoires de ces nouveaux nés trouvés dans des poubelles ou laissés à la porte des hôpitaux, mises à la rubrique faits divers afin de culpabiliser un peu plus les femmes et notamment les jeunes.

 

Naturellement l'accès rendu payant à l'Aide Médicale Etat va encore restreindre l'accès à l'IVG, et pas seulement des femmes étrangères: en effet, presque tout le monde l'ignore, mais l'accès à la CMU n'est plus immédiat et nécessite l'instruction préalable du dossier. La fourniture d'un justificatif de résidence stable depuis trois mois au moins sur un département pose de nombreux problèmes aux plus précairEs d'entre nous. En cas d'urgence, c'était l'AME qui était sollicitée par exemple pour des femmes en errance. Tout droit d'accès, même minime va créer de nouveaux problèmes. Surtout dans un contexte ou ce ne sont pas seulement les plannings familiaux qui sont fermés faute de moyens, mais aussi les permanences sociales d'accès aux soins des hôpitaux publics.

 

L'affluence à la manifestation d'hier , le départ possible de nouvelles mobilisations, renforçant celles qui existent déjà, notamment contre la fermeture de certains services hospitaliers est donc un signe d'espoir.

 

Il aurait fallu être bien optimiste pour ne pas s'attendre à ce que les mouvements fascistes et religieux tentent de s'attaquer à cette mobilisation. Les nervis de l'extrême droite et du Vatican ont été extrêmement frustrés ces derniers temps, car toute confrontation avec le mouvement de classe en cours était impossible vu le rapport de force, notamment au sein des manifestations.

 

Aussi, cette manifestation a-t-elle été perçue par les plus jeunes notamment comme un occasion plus « facile ».

 

La veille , des faux communiqués d'annulation de la manifestation avaient tourné sur les sites d'open publishing, comme Indymedia ou Bellaciao, ce qui pose une nouvelle fois le problème du fonctionnement même de ces sites et la possibilité d'y répandre des rumeurs de ce type , nuisibles à l'ensemble du mouvement.

 

Pour la plupart des manifestantES nous étions donc préparées au débarquement fasciste, qui a bien eu lieu, mais finalement assez limité: au mieux une trentaine de personnes, uniquement des hommes et la moitié qui a osé tenter une timide contre manifestation, au milieu du parcours.

Malheureusement, certaines avant garde autoproclamées du mouvement en sont encore à penser que les « gens ordinaires » et surtout les femmes ne peuvent se défendre seules et que le rôle de leurs organisations politiques est d'agir à leur place, sous prétexte de les « protéger ».

 

Outre les trente chevaliers blancs de l'ordre moral, nous avons eu droit aux soixante chevaliers noirs de l'antifascisme « radical » du NPA et d'Alternative Libertaire. Dans le « service d'ordre » qui, de fait a fait sa petite manif parallèle tout le long du cortège, il y avait en effet tout au plus cinq ou six femmes.

Au point de rassemblement, les fascistes ont envoyé deux émissaires pour filmer le cortège: rien de vraiment catastrophique, c'est une manifestation publique et nous n'avons pas peur de défendre l'IVG à visage découvert. Ce n'était évidemment pas une raison pour les laisser faire, et pas mal de manifestantEs se dirigent rapidement vers eux. Seulement, ils sont très vite entourés par les soixante vaillants gaillards du NPA et d'AL dont le chef se permet de regarder de travers ceux et celles qui ne font pas partie de son groupe.

 

Ce monsieur donne immédiatement le ton : « ici, c'est MA manifestation, pas la vôtre », argumente-t-il.

 

C'est un bon résumé de ce que va être le comportement de ce SO toute la manifestation. La trentaine de jeunes fascistes se réfugie d'abord dans un café de la Place d'Italie, quelques uns venant directement provoquer le groupe d'hommes du NPA et d'AL. Celui-ci se masse devant le café , mais ne fait absolument rien, à part quelques ridicules démonstrations de militarisme d'opérette, le boss du NPA étant manifestement très fier de montrer à la fratrie d'en face que son groupe recule quand il braille «  Un pas en arrière » . Le ridicule ne tue pas, mais le sexisme oui:  peu à peu, on se lâche, et les fascistes s'entendent dire par exemple «  Tu serais mignon à poil ». Certains d'entre eux ont du se dire que les convictions des militants du NPA n'étaient pas si éloignées de leur manière de voir, finalement...

 

Pendant ce temps, la manifestation démarre: les cortèges sont compacts et beaucoup de participantEs sont spontanément vigilantEs , notamment aux carrefours: s'il est évident que les fascistes visibles à ce moment là n'ont pas l'intention d'attaquer le cortège, la possibilité que d'autres tentent une incursion surprise existe. L'avant veille, à un rassemblement devant l'hôpital Tenon, une camarade s'est faite rouer de coups par un individu isolé alors qu'elle diffusait des tracts.

 

Seulement, les « SO » du NPA et d'AL ont eux décidé de ne pas s'intégrer dans le cortège, mais de défiler à ses côtés sur le trottoir: l'ambiance viriliste est telle qu'ils se prennent la tête entre eux à plusieurs reprises. De fait, nous nous retrouvons à défiler sous la « surveillance » de soixante hommes en parade.

 

Les jeunes fascistes finissent par partir en avant, et se positionnent à une bouche de métro avec un mégaphone, décidés à brailler leur saloperie au passage du cortège.

 

Leur voix aurait été bien vite étouffée par les slogans de la manifestation, qui a déjà hué deux autres anti IVG qui ont déployé une banderole de la fenêtre d'un hôtel.

 

Mais la confrontation n'aura pas lieu à cause de l'autoritarisme du NPA et d'AL: les deux SO avancent plusieurs dizaines de mètres devant la tête de la manifestation et vont se permettre une charge contre les fascistes. Lorsque le cortège arrivera à leur niveau, ils se seront déjà dispersés, et ce d'autant plus que la police en a arrêté quelques uns.

 

On suppose que les chevaliers noirs du NPA et d'AL sont très satisfaits de leur initiative : quelques coups contre quelques fachos, c'est toujours ça pour alimenter les soirées buvette d'anecdotes virilistes et suffisamment pour se faire mousser devant le SO de la CNT-F qui n'est pas venu cette fois ci.

 

Mais ce qui s’est passé hier n’est pas juste un « détail » gênant pour les antifascistEs féministes qui ont participé à cette manifestation : nous ne sommes pas disposéEs à accepter un retour des valeurs et des pratiques de l’antifascisme « radical » de l’extrême gauche des années 90.

 

-L’antifascisme n’est pas une « spécialité » réservée à des militants qui se pensent confirmés : dans chaque lutte, c’est à celles et ceux qui la font de produire leur propre résistance, leur propre autodéfense face aux fascistes organisés. Cela ne signifie pas que certains camaradES plus informés, par exemple n’aient rien à dire où à apporter mais en aucun cas de l’extérieur, qu’il s’agisse de la production du discours ou de la protection physique de nos luttes.

 

L’antifascisme n’est pas la constitution de milices semblables à celle des fascistes : aucun service d’ordre n’est légitime s’il n’émane pas de la lutte elle-même. Si des groupes d’individus ou des organisations estiment que la ligne à suivre est la confrontation physique avec les groupes fascistes, et estiment aussi que la sécurité leur impose de le faire en groupes fermés, pas de souci : mais dans ce cas qu’ils organisent leurs propres initiatives sur cette base. Et le fait d’appeler à une initiative commune n’autorise certainement pas une organisation ou une autre à y développer sa propre stratégie.

 

 

L’antifascisme ne sera pas un prétexte au sexisme : les comportements virilistes n’ont pas à être tolérés, et encore moins leur prétendue justification pratique : la « sécurité ». De fait ils aboutissent systématiquement à une mise en danger du groupe principal : se déplacer parallèlement à un cortège, multiplier les escarmouches verbales avec quelques fascistes crée inévitablement une dispersion des manifestants qui vont voir ce qui se passent, et les petits attroupements sont justement la cible idéale pour des contre manifestants bien organisés. Sans compter l’éventuelle réaction policière en cas d’incidents physiques, les arrestations étant facilitées lorsque des groupes sont éloignés du reste de la manifestation.

 

Il ne s’agit pas de contester la nécessité de l’auto défense physique, et donc pour chaque militant de se préoccuper de ce problème ; il ne s’agit pas de contester la nécessité éventuelle d’un service d’ordre, mais celui-ci doit être au service des manifestants, et pas l’inverse

 

          -L’efficacité de l’antifascisme ne se mesure pas au nombre de fascistes qui ont pris un coup de poing ou de gazeuse, mais à la réussite ou non de leur iniative. Hier ils ont été dispersés, mais les photos prises par les médias ne montrent pas le cortège principal opposé aux vingt minables nazillons, mais un groupe de bonhommes se battant contre un autre groupe de bonhommes

 

L’enjeu antifasciste n’est pas uniquement la guerre contre les groupes fascistes organisés ; c’est d’abord la bataille culturelle qui importe.

 

Mais force est de constater qu’il n’y a guère de différence entre la culture d’un nervi catholique qui prétend interdire aux femmes de disposer de leur propre corps et celle d’un nervi du NPA qui parle d’une manif antisexiste comme la SIENNE propre et se permet d’en prendre la tête pour ses propres intérêts.

 

 

Le mouvement féministe et antisexiste actuel a la force de répondre aux provocations fascistes : et en son sein, notamment lors de cette manifestation, d’autres membres de groupes spécifiquement antifascistes n’ont pas éprouvé le besoin de se distinguer de leurs camaradES, ou de faire leur publicité, le discours tenu étant suffisamment clair en lui-même.

 

Nous n’avons aucune raison de tolérer les récupérateurs divers et variés, les mêmes d’ailleurs qui nous expliquent à longueur d’élections que la meilleure manière de combattre l’extrême droite, c’est de voter NPA. Les mêmes pourtant qui n’hésitent pas à s’afficher avec des religieux réactionnaires comme Tarik Ramadan, et dont le service d’ordre se montre beaucoup plus discret lorsque des organisations antisémites défilent à leur côtés notamment dans les manifestations dites de solidarité avec les Palestinien(n)es.

 

Par luftmench
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Dimanche 25 avril 2010 7 25 /04 /Avr /2010 10:02

 

24 avril 2010, Paris, entre Alma Marceau et Iena.

 

L'inter LGBT , l’Interassociative lesbienne gaie bi et trans ,a appelé à une manifestation de protestation contre les propos tenus par le numéro deux du Vatican, qui a déclaré 12 jours plus tôt:

 

« Nombre de psychologues, de psychiatres, ont démontré qu’il n’y a pas de relation entre célibat et pédophilie, mais beaucoup d’autres ont démontré, et m’ont dit récemment, qu’il y a une relation entre homosexualité et pédophilie, a affirmé Mgr Bertone. C’est la vérité, c’est le problème».



La manifestation est appelée et maintenue publiquement jusqu'au jour dit devant la nonciature, l'ambassade du Vatican, à deux pas du métro

Plusieurs groupes fascistes ont appelé quelques jours auparavant à « protéger » l'ambassade et donné rendez-vous publiquement, eux aussi devant la nonciature.



Ils y sont, eux à 15 heures. Une cinquantaine de jeunes , parfois très jeunes, juste devant. Looks et comportements laissent immédiatement voir que deux groupes, au moins, sont présents.

Des jeunes  boneheads , siglés de la tête aux pieds, et avec eux des hooligans en herbe, écharpe du PSG. Alcoolisés, très attentifs à vider bière bon marché sur bière bon marché en trois gorgées maximum, et à rire bruyamment. Une et une seule fille parmi, eux, attentive aussi à imiter parfaitement le comportement masculinisé à l'extrême de ses jeunes camarades. On les imagine bien « casser du PD », mais aller à la messe, franchement, la défense du Vatican a un goût d'alibi, à les regarder.

Leurs camarades eux sont au contraire attentifs à se conformer à l'image du "chrétien idéal". Lissés de la tête au pied, mèches savamment rabattues, petites teintures discrètes, les cheveux doivent être ou très blonds ou très noirs, mais brillants. Droits comme des I, en pose permanente, les petits soldats de la chrétienté. Preux chevaliers donc pas une seule fille à leur côté, même pas une mascotte. Plus riches visiblement et quelqu'un qui repasse à la maison de manière professionnelle, leurs petites chemises impeccablement rentrées dans les pantalons soyeux, serrés, près du corps, tous. On devine qu'ils se rêvent prêtres martyrs mais se savent déjà cadres supérieurs



Les trentenaires discrètement postés autour sont peut être là pour ce dernier groupe, protéger mais observer aussi si les consignes ont été bien apprises par les jeunes. Un peu partout, autour donc, dans les parcs attenants, les cafés, ou juste à côté de la manifestation « originelle » celle des associations venues dénoncer les déclarations du Vatican.

Cent vingt personnes à peu près. Pas homogènes, et c'est d'abord cela qui saute aux yeux, genres, âge, codes vestimentaires, cette manif là a tout simplement le visage ordinaire de la rue.



Mais elle n'est pas devant l'ambassade du Vatican. Loin, à une centaine de mètres devant le Palais de Tokyo, ce qui n'a objectivement aucun sens. L'Eglise est le premier propriétaire immobilier d'Ile de France, il y aurait eu mille autres endroits à choisir, dans des quartiers moins hostiles, éventuellement.

Pourquoi ce changement ? Objectivement, aucune raison. Les jeunes fascistes sont moins nombreux, moitié moins. L'inter LGTB qui organise le rassemblement reste muette sur ce recul, c'est un autre site qui indique que le réseau associatif a accepté la proposition de la Préfecture de Police, pour « éviter tout incident » .

 

Étrange négociation: d'un côté un réseau associatif qui joue le jeu légal, dépose longtemps à l'avance un rassemblement. De l'autre un groupe qui décide de venir manifester à la dernière minute. Et la manifestation légale finalement n'aura pas lieu à l'endroit ou elle a un sens.

 

Défaite sans combat , pourquoi ?

 

Pourquoi y aurait-il eu des « incidents » ?

 

Le déroulement des évènements montre bien que l'hypothèse était fausse: après une heure de manifestation, les jeunes fascistes vont effectivement venir à la rencontre du rassemblement. Ils feront la centaine de mètres qui les séparent du Palais de Tokyo, en groupe sur l'avenue , visiblement et sans spécialement presser le pas.

 

Jeu de scène: le nombre de CRS qui sort des cars pour se mettre en travers de la route , court un peu mais simplement parce qu'il intervient quand les jeunes sont déjà près, alors que des policiers en civil étaient présents devant l'ambassade et ont immédiatement vu le départ du groupe.

 

Alentour, les rues ne sont pas bloquées, et il est extrêmement simple d'arriver par petits groupes sur le rassemblement directement, notamment par l'arrière, en prenant les avenues parallèles puis les rues perpendiculaires. Ou tout bonnement en venant par le métro Iéna. D'ailleurs les « observateurs » trentenaires restent positionnés de cette manière.

 

De fait les jeunes ne sont pas autorisés à attaquer. Pourquoi ? Il suffit d'aller sur les forums catholiques « classiques » pour comprendre: beaucoup de catholiques de droite ont très mal vécu les « incidents » survenus sur le parvis de Notre Dame, les violences fascistes commises contre les collectifs venus manifester le 14 février. Une bonne partie de l'extrême droite catholique intégriste a vécu ces évènements comme une récupération de quelques groupes minoritaires, comme une catastrophe politique au moment ou le mouvement pour l'ordre moral atteint enfin une légitimité politique et médiatique, notamment au travers des manifestations massives contre l'avortement, désormais appelées « pro vie » par les médias officiels, qui reprennent le terme utilisé par les religieux catholiques.

 

Des violences contre la manifestation d'aujourd'hui auraient forcément aussi impliqué le Vatican, remettraient sur le tapis la tonitruante déclaration du numéro deux de la hiérarchie catholique, faite douze jours auparavant. Mais en douze jours, deux hauts dignitaires belges et irlandais ont du reconnaître des actes de pédophilie et cette déclaration dans ce contexte prend un sens pour le moins gênant.

 

C'est évidemment la raison pour laquelle il n'y a que des jeunes et des très jeunes qui sont présents aujourd'hui, de manière visible, mais très bien encadrés,en toute discrétion, alors que la capacité de mobilisation des groupes catholiques fascistes est bien supérieure.

 

L'ensemble des forces réactionnaires et fascistes liées à l'Eglise n'est naturellement pas contre une réaction, une présence physique à cette manifestation. Mais à condition que celle-ci apparaisse comme une initiative des « jeunes » spontanée et indépendante, un peu brouillonne. Dont on pourra éventuellement déplorer le contenu verbal un peu excessif, mais sans avoir à l'assumer politiquement et médiatiquement, ce qui serait le cas en cas de violences forcément médiatisées.

C'est aussi la raison pour laquelle ces jeunes n'ont ni banderoles, ni tracts, un misérable petit drapeau voilà tout.

 

Contrairement à ce quelques articles de presse disent, il n'y aura pas de dispersion de la contre manifestation fasciste. Les jeunes gens, mollement en voie d'être entourés par un groupe de CRS assez peu nombreux joueront parfaitement le jeu de l'auto-dispersion "militaire" pour éviter l'encerclement, assez difficile à réaliser de toute façon.

 

Aucun policier ne courra après eux, et ils se repositionneront tranquillement devant l'ambassade.

 

Seul couac dans la mise en scène de l' « incident »: les jeunes boneheads, décidément No Future et leurs amis, qui ont manifestement quelques difficultés de compréhension de la stratégie décidée par leurs camarades ( l'alcool n'y est pas pour rien )  restent sur place à quinze, à peine. Aucun d'entre eux ne sera repoussé, ni interpellé par les forces de l'ordre.

 

Il n'y absolument aucun argument qui aille dans le sens d'un déroulement différent des évènements si le collectif organisateur de la manifestation initiale avait maintenu le rassemblement devant l'ambassade, au pire juste en face.

 

Le face à face devant la nonciature aurait simplement rendu visible le rapport de forces réel: personne à part, cinquante gamins, dont la moitié aurait été au Parc s'il y avait eu un match en début d'après midi, n'avait l'intention de se mobiliser pour l'Eglise ce jour là. Le Vatican lui même n'avait surtout aucune intention de faire autre chose que profil bas, dans le contexte actuel , à propos d'une déclaration provocatrice faite avant que de nouvelles affaires de maltraitance des enfants commises au plus haut niveau de sa hiérarchie ne l'éclaboussent, et ne sèment la discorde au sein même des croyants de la base.

 

Ce n'est donc pas le rapport de forces militaire qui permet aux groupes fascistes, notamment ceux du Renouveau Français et du site Contre-info.com de revendiquer une victoire certaine, car il n'y pas eu de manifestation devant la nonciature, effectivement.

 

Mais bien une guerre purement psychologique ou les fascistes ne l'ont emporté qu'à cause du défaitisme des responsables du collectif Inter LGTB.

 

Défaitisme d'ailleurs combattu par une partie des manifestants, dans un seul slogan qui contrastait avec, ceux purement défensifs lancés pendant le reste de la manifestation , qui ne font qu'exciter les petits fascistes qui se rêvent casseurs de PD.

 

Celui là les a laissés décontenancés et rageurs quelques minutes

 

« Nous sommes plus nombreux que vous, la minorité c'est vous ».

 

La réalité objective, totalement perdue de vue à force de croire à l'opinion publique, à celle qu'on laisse s'exprimer dans les médias officiels, celle dont tous les partis politiques prétendent tenir compte pour adopter des positions de plus en plus proches des thèses fascistes, sur la sécurité, sur les minorités, sur l'ordre public.

 

Le fascisme ne domine bien souvent que parce que nous le croyons déjà dominant.

Par luftmench
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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /Mars /2010 17:34
"Good night, white pride"
Vieux proverbe morvandiaux


A force de construire des mensonges, on finit par y croire.

 

Ainsi en est il du « français de souche », mythe de l’identitaire moyen : il y aurait , hors des métropoles métisses, envahies par la racaille fertile et sans racines , une France profonde, et ses habitants non pollués par le cosmopolitisme destructeur.

 

Une terre de villages et de clochers, ou les traditions seraient restées intactes, surtout les plus débiles et les plus réactionnaires.

 

Une terre de braves semeurs de blé et de courageux éleveurs de cochons trop occupés à faire le boudin, le soir à la lueur de l’âtre, pour aller voir sur internet ce que les fascistes peuvent bien y tramer.

 

Ce paradis mythique, quelques identitaires ont décidé de le rejoindre, et de s’en aller fonder une communauté gauloise au fin fond de nos campagnes, une sorte de Tarnac, mais version Vichy , en quelque sorte.

 

Au fond des bois, au creux des collines, ou déjà leurs aïeux traquaient le sanglier d’un œil torve, certes, ils ne s’attendaient pas à trouver d’antifascistes.

D’ailleurs ils l’auraient grillé tout de suite, l’antifasciste a au choix, ou tout ensemble, le nez crochu, les cheveux crépus, ou des docs à lacets rouges.

 

Ayant de leur côté retiré les lacets blancs de leurs chaussures et fait risette à leurs voisins, les Identitaires en campagne comptaient installer leur camp retranché de sauvetage de la « civilisation blanche » en toute tranquillité, et n’en parler au « français de souche » qu’ après, parce qu’on ne sait jamais …

 

Mais, les antifascistes sont partout chez eux, et les fascistes ne seront jamais bienvenus nulle part.

 

C’est pour ça que : http://ladesouchiere-degage.over-blog.com/

 


labanniere1

Par luftmench
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